A DIM 19 - Des choses impossibles...!
Jésus demande
toujours des choses impossibles.
Ainsi, par
exemple, nous demande-t-il : "aimez-vous
les uns les autres comme je vous ai aimés."
Et aujourd’hui, il demande – il ordonne – à Pierre de marcher
sur l’eau. Tout aussi impossible !
Jésus l’a bien fait, lui. Oui mais lui, c’est le Fils de
Dieu. D’ailleurs cet épisode a souvent été l’objet de certaines railleries, de
sourires entendus, parce que là, franchement, entre nous, ça sert à quoi de
marcher sur l’eau ? – à part si vous envisagez de gagner un championnat de
surf…
Ce que la plupart des gens retiennent, c’est une espèce de
numéro de cirque. Un truc bidon, inutile de surcroît. Et, partant, pas vraiment
très crédible à part pour les naïfs qui prennent les évangiles à la lettre.
Bon.
Si je vous racontais toutes les fois où Jésus m’a demandé de
marcher sur les eaux, et où j’ai pu – parfois – avec son aide, le faire…
D’accord, c’est symbolique dans mon cas ! N’empêche que
j’ai cru plusieurs fois couler. Et si je ne l’ai pas fait, c’est bien parce que
le Christ m’a saisi la main, moi, homme de peu de foi.
Et je n’aurais certainement pas osé risquer un seul pied sur
l’eau si lui, Jésus, ne l’avait pas réellement fait. Et si Pierre, le poltron,
ne s’était pas lancé lui aussi pour obéir à Jésus – mais c’était complètement
fou de sa part !
Je suis un peu comme vous. A la piscine, avant de nager, je
regarde l’eau avec méfiance. Je tâte la température avec le bout de mon orteil.
Je vérifie s’il n’y a pas trop de vagues, trop de vent. Je consulte la météo.
Je vérifie si j’ai le bon équipement, si je n’ai rien oublié… mes lunettes de
protection contre le chlore, etc.
Bref, après toutes ces précautions, je me décide à descendre
tout doucement dans l’eau après m’être aspergé pour éviter le choc thermique.
Je ne suis pas comme ces zozos qui dès leur arrivée plongent du haut du
tremplin de 3 m sans même regarder en-dessous d’eux !
Alors, vous pensez : marcher sur une mer démontée, très
peu pour moi ! Et s’il y avait des méduses, des requins ? Au
secours ! Mais un moment donné, parce que Pierre l’a fait, et parce que
Jésus me le demande, j’oublie tout, mes calculs, mes précautions, et je me
lance en faisant confiance à la grâce. Et vous savez quoi ? Bizarrement,
ça marche – et je vis des trucs incroyables.
J’imagine que c’est un peu ce que le successeur de Pierre,
notre brave Léon XIV alors simplement Robert Prevost, a fait, quand on lui
a demandé s’il acceptait le choix des cardinaux qui l’élisaient pape. Et il
paraît qu’on pleure beaucoup dans ces cas-là.
Voilà, frères et sœurs ; Jésus n’est pas un fantôme,
il est bien réel, comme il est réellement présent dans l’eucharistie. Son
passage, le passage de Dieu dans nos vies est le plus souvent discret, comme
l’a découvert Elie dans la première lecture en entendant le murmure d’une brise
légère : le vent de l’Esprit.
Or, Pierre et tous les êtres humains sont équipés d'un
dispositif qui leur permet de reconnaître le passage du Seigneur parmi
nous, en nous, entre nous. Ce dispositif se réveille en présence du Seigneur,
quand mystérieusement, il entend sa parole, et cela lui donne aussi le pouvoir
de faire de grandes choses, des choses qu’il n’aurait jamais imaginées ou cru
pouvoir les faire.
Ce dispositif nous le tenons de notre création à l'image de Dieu. Pierre est
ainsi capable de s'abandonner tout entier dans la confiance et l'amour du
Seigneur. Il est capable comme nous de toutes les folies aux yeux du monde dans
ces moments-là. Et Pierre marche sur l'eau à l'instar de Jésus. Il me semble
que c'est là le miracle : dans ce geste d'oser croire.
Donc, frères et sœurs, je vous le confirme : nous
sommes tous capables de marcher sur l’eau ! « Risquer sa vie,
risquer la Vie pour un monde plus beau » comme dit le chant
« Rêve d’un monde » de Giannadda.
Mais, comme chacun de nous, Pierre est aussi assailli par les soucis du monde.
C'est ce qui nous fait oublier vers quoi nous pérégrinons. Et immanquablement,
quand nous sommes repris par ces peurs, ces inquiétudes, nous ne regardons plus
vers Jésus, nous regardons nos pieds que lèchent les vagues. Et vous savez le
résultat : on s’enfonce (comme Pierre) très vite. Glou glou !
Les soucis du monde nous les connaissons. Je voudrais juste
évoquer celui de notre sécurité. Les humains veulent vivre en sécurité. Tout
être humain veut vivre en paix. Là, où cela coince c'est quand nous voulons
établir notre sécurité au détriment de notre prochain.
Un exemple bien concret : Il y a un endroit sur
terre si particulier qu'on ne sait même pas comment le nommer sans créer des
tensions, Israël, la Palestine, la Terre Sainte. Ce lieu est si agité qu'il est
comme un océan où tous ses habitants sombrent dans les eaux. Mais au lieu que
d'une seule voix, ils s'écrient ensemble " Seigneur,
sauve-nous !", ils préfèrent les uns les autres s'appuyer sur leur
prochain pour l'engloutir un peu plus et tenter ainsi de garder la tête
péniblement hors de l'eau. Résultat : tantôt les uns se noient, tantôt les
autres, et le plus souvent les uns et les autres.
Aujourd’hui, on dirait que c’est le monde entier qui patauge
dans l’océan en essayant de se pousser chacun, chaque pays, tout seul au-dessus
des autres en croyant pouvoir survivre de la sorte en étant plus fort que les
autres. C’est une erreur monumentale, qui peut bien entraîner toute la planète,
toute l’humanité dans le désastre.
La peur est le principal adversaire de l’homme parce
qu’elle s’oppose directement à la foi et à la confiance. Quand réaliserons-nous
que nous sommes tous dans la même barque et que nous somme faits de la même
matière ? Le vent diabolique qui siffle à nos oreilles la peur de perdre,
la peur de mourir, et qui est le contraire de la brise du Seigneur « Confiance,
Je suis, n’ayez pas peur », ce mauvais vent heureusement tombe dès que
l’on accepte d’être ensemble dans la même barque, avec Celui dont le souffle
est bienfaisant et rassemble les hommes de tous pays, de toutes races et
origines.
Si nous acceptons de ne pas nous regarder nous-mêmes au lieu
de regarder vers Dieu, si nous refusons les insinuations et les illusions du
vent mauvais, alors nous serons sûrs de ne pas prendre l’image
pour la réalité, et nous nous rendrons compte qu’il se pourrait que ce qui nous
fait si peur ne soit… que du vent !
Accueillons le Seigneur qui vient se joindre à nous dans la
barque, il se fait présence à son autel. Accueillons avec force sa paix que
nous échangeons entre nous. Que cette paix se transmette jusqu'en Terre Sainte.
Prions le Christ pour que cette paix rafraîchisse les hommes et les femmes de
la Terre Sainte, du Moyen-Orient, de l’Orient et de l’Occident, comme une brise
légère. Amen !
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