A CAR 03 - Donne-moi à boire = Esprit et vérité
« Donne-moi
à boire ! »
Cette
demande, tous les randonneurs dont j’ai fait et je fais encore parfois partie l’ont
déjà formulée un jour ou l’autre, quand après des heures de marche sous le
soleil et la gourde vide, arrivés dans un village, ils frappent à une porte et
ils demandent de l’eau. « Donnez-moi à boire, s’il vous plaît ! »
Je n’ai jamais essuyé de refus quand j’ai demandé à remplir ma gourde. Et pourtant, il y a toujours une légère barrière à franchir pour oser déranger des inconnus dans leur propriété, leur vie privée – en tout cas il ne faut pas avoir peur des chiens qui aboient !
Mais je dois reconnaître, le pas franchi, que cela a été à chaque fois l’occasion d’un échange simple entre un étranger -que j’étais- et un autochtone. Loin des conventions sociales ; une relation simple et authentique qui permet d’échanger sur le pays que l’on traverse, sur le pays d’où l’on vient... le but de la pérégrination : Saint-Jacques de Compostelle, Vézelay, Lourdes, Assise… les difficultés rencontrées et les particularités du chemin.
Parfois cela se transforme en une invitation à venir s’assoir à table
pour casser la croûte avec l’hôte rencontré et sa famille… ou même se voir
offrir le logement pour une nuit. Là, on entre alors dans l’intimité des
personnes et le dialogue prend une autre nature, quand on partage entre
sédentaires et pèlerin les questions existentielles et les motivations –
dialogue facilité par cette rencontre d’un jour. J’ai vécu ainsi de belles
expériences nées d’une simple demande : « J’ai soif, puis-je avoir
de l’eau ? »
La
samaritaine quand elle arrive au puits pour remplir sa cruche – car elle aussi
a soif, a sûrement été dérangée quand elle a aperçu cet étranger assis au bord,
qui lui demande de l’eau.
Lui
un juif, elle une samaritaine. Lui un homme, elle une femme. Et pas n’importe
laquelle : celle qui a eu 5 maris. Tout
les sépare.
Pourtant
l’homme ose lui demander à boire. Evidemment il n’a rien pour puiser et le
puits est profond ; mais ce faisant, il casse plus que la glace mais aussi les
codes sociaux de l’époque. Il franchit les limites. « Donne-moi à boire ! »
La
femme ne perçoit pas qui s’adresse simplement à elle. Mais la Parole de Celui
qui s’est incarné, de ce Dieu qui a pris pleinement la condition d’homme au
point de souffrir lui-même de la soif après la marche, cette Parole va
révéler dans le cœur de cette femme sa véritable soif à elle, soif d’amour,
de vérité, de rédemption, en même temps qu’elle lui fait percevoir le mystère
du Christ qui peut combler cette soif.
Extraordinaire
rencontre, qui a bien sa place dans notre chemin de carême !
Mes sœurs, mes frères, avez-vous, avons-nous soif ? Avons-nous encore soif de quelque chose – de vrai, de fort – soif de vie, soif de Dieu ?
La soif,
c’est la grande figure du désir
La soif
c’est l’expression du manque et le désir est manque
On ne peut
désirer que si un vide se creuse en nous. Comment désirer s’il ne nous manque
rien ? Le carême est fait pour prendre conscience de cette soif en nous,
derrière tous les ersatz dont nous remplissons notre vie pour la masquer et
nous en distraire.
« Si
tu savais le don de Dieu, si tu connaissais celui qui te dit : 'Donne-moi à
boire', c'est toi qui lui aurais demandé, et il t'aurait donné de l'eau vive. »
Cette
phrase m’a toujours fait rêver. Elle me bouleverse encore aujourd’hui. Non
seulement Jésus avoue sa soif à la samaritaine qui nous représente tous et
chacun, n’est-ce pas, même si nous n’avons pas cinq maris, mais en plus il lui/nous
propose de nous donner lui-même une eau ‘vive’, une eau qui fait vivre et
désaltère pleinement.
En
fait, c’est de nous que Jésus a soif, c’est de l’humain qui est au fond
de cette femme de Samarie. Il le redira encore quand il sera sur la croix :
« J’ai soif ! » (Jn 19,28). En Jésus qui vient s’assoir à côté
du puits de Jacob, c’est Dieu qui est là chaque jour au bord de notre cœur pour
nous dire sa ‘soif’ de nous, son désir de vivre en nous et de nous faire vivre
de lui, de son Esprit…
« Donne-moi
à boire ! », te demande le Christ aujourd’hui, au bord de ton cœur. Donne-moi à boire de toi, de ta
vie, de tes soucis, de tes joies, de tes amours malheureuses ou réussies… « Donne-moi
à boire ! » Et demande-moi ce que tu ne peux te donner à
toi-même, l’eau vive de Ma vie – le Don de Dieu, dit Jésus.
Mes amis, si vous n’avez jamais éprouvé cette soif, soif de plénitude, désir impétueux et pressant d’être totalement avec le Christ, en Dieu, uni pour toujours à lui, comment pourriez-vous comprendre ce texte d’évangile qu’on fait lire aux catéchumènes jeunes et adultes qui se préparent au baptême ? Car c’est en quelque sorte un baptême que Jésus propose à la samaritaine : « et l'eau que je lui donnerai deviendra en lui source jaillissante pour la vie éternelle. »
La femme aussitôt accepte cette
proposition : « Seigneur,
donne-la-moi, cette eau ». Elle exprime son désir enfin malgré
toutes les confusions qui subsistent encore en elle, parce qu’elle pressent que
cet étranger qui lui parle la connaît dans le cœur parce qu’il vient de Dieu.
Le parcours baptismal de l’Evangile de ce dimanche réveille en nous la vivante présence de notre baptême. Il révèle en nous le don de Dieu.
Le
baptême nous le recevons une fois mais c’est un sacrement qui se déploie toute
notre vie comme pour nous (r)éveiller aux réalités de la vie spirituelle - éternelle.
Ce qui inclut la vie fraternelle.
Le
baptême est bien plus qu’un rite qui ouvrirait, une bonne fois pour toutes, les
portes du ciel – pour plus tard après notre mort. Il est ce qui fait vivre AUJOURD’HUI
en nous la Parole de Vie comme une source jaillissante. Il est ce carburant qui
nous pousse à sortir au loin pour vivre et porter la bonne nouvelle.
Dernière
chose : « Esprit
et Vérité ».
La situation de monde aujourd’hui inquiète beaucoup de gens : Les guerres
qui surgissent un peu partout et se répandent comme des métastases d’un cancer font
craindre un conflit généralisé, mondial. Jamais le degré de mal-être et le
nombre de dépressions n’a été aussi élevé parmi les jeunes. Et on a l’impression
que l’humanité retourne en arrière, vers une époque où les valeurs humaines et
chrétiennes seraient oubliées et où la loi du plus fort devient la seule valable
au détriment des plus faibles, des moins lotis. La fragilité du système social
et politique construit depuis la dernière guerre saute aux yeux. L’arrogance et
l’individualisme priment sur la solidarité. Qu'y pouvons-nous ?
À cela j’ai envie de répondre : « Esprit et Vérité », comme le fait Jésus dans sa réponse à la samaritaine : « Qui a raison ? Vous les juifs ou nous les samaritains ? De quel côté est Dieu ? » Dieu n’est d’aucun côté, répond Jésus : il est du côté de tout l’humain, si celui-ci veut bien se retourner « en Esprit et Vérité ».
La violence, qu’elle soit sacralisée ou non, vient de ce que nous avons oublié la soif, le désir profond qui est inscrit au fond de notre être par Dieu lui-même : Au lieu de se tourner vers la seule Source capable de le combler, les hommes ont laissé proliférer les faux désirs, les désirs pervertis qui malgré tout les laissent toujours insatisfaits : la richesse, le pouvoir, le sentiment de supériorité et de grandeur… non pas une source vive, mais des mares stagnantes d’eau croupie qui rend malade celui qui la consomme ! Pour s’en détourner, hélas, il faudrait, il faudra que tous les gens qui en consomment deviennent tellement malades qu’ils se mettent alors à rêver d’autre chose, en faisant « Esprit et Vérité » dans leur vie. Alors peut-être oseront-ils avouer leur vraie soif à quelqu’un qui un jour, leur demandera à boire… Et ce dernier leur montrera le chemin de leur cœur, et la Source intarissable d’eau vive. La paix reviendra.
(Vous savez, parfois il faut être bien malade pour enfin comprendre qu’il faut changer, et que le seul vrai ennemi, c’est celui qui se cache dans nos pensées tordues… "Esprit et Vérité !").
Dans un instant, le Seigneur se
donne à nous.
Recevons-le véritablement comme
un don qui nous ouvre pleinement à notre vie baptismale.
Dans un instant, dans l’Eucharistie,
Jésus rejoint notre humanité, cette humanité qui a soif en plein midi.
Recevons-le en nous comme un don
qui fait jaillir en nous une source vive.
Dans un instant, le Christ se
rend présent réellement dans le pain et le vin, devenu son corps et son sang.
Recevons-le comme un don qui
révèle en nous tout son amour.
......Et
dans notre prière, laissons résonner ces mots :
« Donne-moi à boire… Si tu savais le don de Dieu… » Amen !
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