A BAPTÊME DU SEIGNEUR - "Alors paraît Jésus"
« Alors
paraît Jésus… »
La phrase est
solennelle et forte. Elle est comme un porche par lequel on entre, un moment
qui inaugure une histoire… que nous allons re-parcourir une nouvelle fois – je devrais
peut-être dire : d’une foi neuve, renouvelée !
Car en
effet ce que nous connaissons de Jésus, ne doit pas nous cacher ce que nous allons
entendre et voir de Jésus et que nous n’avions pas su voir ni entendre jusqu’à
présent.
« Alors
paraît Jésus… »
Il paraît,
comme il apparaissait à ses disciples après sa résurrection. Aussi neuf
que l’an nouveau qui vient de commencer – et qui pourtant à nos yeux a l’air si
semblable à l’année qui vient de s’achever… avec les mêmes problèmes, les mêmes
soucis, les mêmes conflits.
Serions-nous
des adeptes de « rien de nouveau sous le soleil » ? (Qohélet)
Cette
mentalité de l’éternel retour, ou du déjà-vu, bien-connu, est un piège pour
nous chrétiens.
J’ai connu
un frère diacre bien intentionné qui commençait presque toutes ses homélies par
cette phrase : « Nous connaissons bien ce passage de l’évangile… ».
Ben non.
Il nous faut
une fois pour toutes reconnaître que nous ne connaissons pas l’évangile,
nous ne connaissons pas Jésus. Sinon la Parole ne serait pas ce qu’elle est :
une Parole vivante, toujours nouvelle – et qui donne vie en renouvelant ceux
qui l’entendent.
Frères et sœurs,
puis-je vous inviter en ce début d’année à ouvrir tout grand vos yeux et vos
oreilles, et surtout votre cœur, pour accueillir Jésus qui paraît dans
nos vies, dans notre monde, et recevoir sa Parole comme une Parole neuve,
étonnante, agissante ?
Jean le
Baptiste s’est lui aussi laissé surprendre : « C’est moi qui ai
besoin d’être baptisé par toi, et c’est toi qui viens à moi ! »
« Laisse
faire », répond
Jésus.
La scène est
surréaliste : Jésus, l’auteur du baptême, vient à Jean pour être baptisé. Comme
Dieu, l’auteur de toute vie, est déjà venu demander à Marie, par son ange
Gabriel, d’être la mère de son Fils.
Renversement.
Étonnement. Qui donc est celui-ci, qui s’abaisse tellement pour se mettre à
notre niveau si bas ?
Je n’ai pas
fini - loin de là - de le connaître, de le comprendre. Et surtout de le vivre.
J’ai besoin
chaque année de recommencer – à zéro ! - sans laisser mon regard et mon cœur
être encombré, voilé, par ce que je crois connaître.
Il s’agit d’ailleurs
moins de connaître que d’être, tout simplement. Ou : connaître en deux
mots, co-naître dans le sens de « naître avec », renaître autrement.
C’est bien
le sens du baptême, non ?
Nous voyons
tellement notre baptême comme un événement ponctuel, du passé. Et non comme un
dynamisme (du grec dúnamis :
force agissante), un courant de vie dans lequel nous sommes immergés et qui n’est
rien d’autre que l’Esprit Saint de Dieu.
Ce que Jésus
a vécu au bord du Jourdain, c’est pour que nous le vivions aussi. Personne
ne dit que les cieux se sont refermés après la descente de l’Esprit sur lui ;
les cieux sont toujours ouverts pour chacun de nous. Si nous le voulons.
Ce n’est pas
du côté de Dieu que se trouvent les fermetures… jamais de son côté !
Jésus
paraît. Les cieux sont ouverts. L’Esprit est là, offert à tous, et la voix est
pour chacun, cette voix qui me dit comme à vous : « Toi aussi, tu es
mon fils, ma fille bien-aimé.e, en qui je trouve ma joie ! »
Ça devrait
suffire à nous renouveler entièrement, à transformer toute cette année et bien
davantage… en tremplin de plongeoir pour créer du neuf, de la vie, de l’amour,
de l’espérance pour faire craquer ce vieux monde et faire advenir celui
qui naît déjà.
=>Pour savoir
ce qu’un baptême nous appelle à vivre, nous n’avons qu’à regarder ce que Jésus
le Christ a fait ensuite.
Nous avons
toute l’année pour re-parcourir la vie de Jésus et ouvrir ainsi un chemin à
notre vie dans ce monde. Mais souvenons-nous impérativement d’une chose : c’est
Dieu qui va agir à travers nos actions. Nous voulons le laisser
faire à travers nous - sans attendre qu’il fasse tout sans nous. Et cela
exige beaucoup de disponibilité dans l’engagement : deux mots souvent
antinomiques.
Aujourd’hui comme hier, laissons faire Jésus. Ne l’oublions pas, le baptême est un appel à un retournement, à une conversion. Cette conversion consiste à abandonner nos manières de voir et de penser, ... et à laisser Jésus agir à travers nous. Le messie n’est jamais tout à fait celui que nous imaginons et construisons dans notre tête. Les pensées et les voies de Dieu sont plus hautes et plus profondes que les nôtres (Is. 55,8). En recevant le baptême, Jésus nous en donne un enseignement : être baptisé, c’est accepter de ne pas tout comprendre, de vivre en enfants de Dieu et de nous laisser conduire par l’Esprit Saint. c’est cela vivre en baptisé ! … dans un baptême qui continue.
Il continue, car nous avons à partager la vie de nos contemporains, à nous
plonger dans le mystère de la vie actuelle : les situations, les problèmes et
les projets… Il continue… et dans ce partage, ce n’est pas nous qui
apportons le salut… mais nous en serons des révélateurs, si nous savons écouter
et entendre. Nous rencontrerons sur ce chemin de fraternité des femmes, hommes
de bonne volonté (comme les mages ?) qui nous diront parfois ce qu’ils ont
entendu ou expérimenté dans leur rapport au monde, à la vie … pour que nous
découvrions par eux d’autres visages du Christ qui « paraît ».
Il nous
faudra alors savoir ouvrir ces gens de bonne volonté à cette réalité du monde
nouveau et les confirmer qu’ils sont sur le bon chemin. Il continue, dans
l’humilité et la générosité, car nous avons encore à recevoir l’ultime baptême…
à travers notre propre Pâques, un jour.
« Alors
paraît Jésus… »
Frères et sœurs,
il y a au milieu de nous quelqu’un que nous ne connaissons pas (cf Jn
1,26). Ne le réduisons pas, ne le ramenons pas à nos habitudes et nos
certitudes, mais laissons-le nous plonger dans l’Esprit de nos baptêmes et
accomplir avec nous toute justice pour qu’en cet an neuf, tout et
nous-mêmes soyons neufs !
Amen.
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