A PAQUES 04 - Prenez la porte !
L’évangile
de ce 4ème dimanche de Pâques nous donne l’occasion d’aborder un
sujet que généralement on n’ose pas regarder en face dans notre (nos) Eglise(s) :
celui de la chute vertigineuse des vocations religieuses en général et en
particulier de la pénurie de prêtres, qui arrive à un point crucial et
névralgique.
Mercredi
passé, j’ai participé à l’ordination diaconale en vue du presbytérat (la
prêtrise) de frère Renaud, le prieur du monastère de Wavreumont. Une très
nombreuse assistance était venue entourer le candidat ordonné – ordonné à la
demande de sa communauté laquelle manque aussi de prêtres pour ses propres
besoins. Bien qu’étant relié à l’évêque par son ordination, il ne sera cependant
pas au service du diocèse, mais spécifiquement et en priorité à celui de sa
communauté monastique. On ne peut pas compter sur les moines, les religieux –
dont les rangs s’amenuisent d'ailleurs aussi de plus en plus, ni, comme on le fait
actuellement, sur les « prêtres venus d’ailleurs » pour combler les
trous dans nos paroisses et unités pastorales : ils sont venus de façon
généreuse – et on doit les remercier pour cela – pour aider, pas pour
remplacer. Actuellement, chez nous pour l’ensemble de la Belgique, on est passé
en quelques décennies de plus de 10.000 prêtres diocésains (situation en 1960) à
plus ou moins 1500 en 2025. Entre 2016 et 2023, le nombre de prêtres a chuté de
30% et cela s’accélère vu le vieillissement de cette catégorie.
Ainsi donc, la joie qui émanait ce mercredi de la foule et des religieux ou diacres, prêtres… venus accompagner le candidat frère Renaud pour son premier degré dans le sacrement de l’ordre, cette joie ne doit pas masquer une interrogation pressante et incontournable :
Si l’Eglise catholique ne peut pas se passer de
prêtres pour être signes du Christ-berger, rassembler en son nom le peuple et
dispenser les sacrements, et que bien peu de candidats se présentent pour « passer
la porte » en demandant à être ordonnés, est-ce qu’il n’y aurait
pas un problème avec la porte, justement ?
C’est une question que beaucoup se posent actuellement. Si la chute des vocations peut s’expliquer en partie par un contexte de société qui n’est plus favorable – la sécularisation - ainsi que par un effondrement de la pratique elle-même liée à un appauvrissement de la (vie de) foi dans les familles chrétiennes, il n’en demeure pas moins que les conditions d’accès à la prêtrise dans l’Eglise catholique (latine) sont potentiellement en elles-mêmes un obstacle : en effet, comme chacun sait, cette dernière, contrairement aux Eglises d’Orient rattachées à Rome, continuent de réserver l’ordination sacerdotale aux hommes célibataires (tandis que les Eglises d’Orient, traditionnellement, acceptent d’ordonner des hommes mariés). Je ne parle pas ici de la question bien plus épineuse encore de l’ordination de femmes, sur laquelle les divergences sont encore plus profondes et manifestes, et le débat théologique loin d’être résolu.
D’où
la sortie de l’évêque d’Anvers, Mgr Johan Bonny, qui a fait un buzz énorme dans
nos milieux cathos en annonçant son projet d’ordonner prêtres des hommes mariés
à l’horizon 2028 ! L’art de faire bouger les lignes… car cette annonce se
veut avant tout être un cri du cœur, comme il le dit : non seulement nos
communautés chrétiennes sont en souffrance du manque de prêtres, mais aussi ces
derniers, les prêtres survivants, qui portent le poids de plus en plus lourd d’une
pastorale à bout de souffle dans des regroupements paroissiaux de plus en plus
étendus avec des collaborateurs laïcs qui s’épuisent eux-mêmes. Cela même est aussi
un obstacle à l’émergence (le désir) d’une vocation saine et équilibrée.
Alors,
quid enfin de cette porte ? Moi, ce
qui me frappe dans l’évangile de ce dimanche, c’est que Jésus dit de lui-même
qu’il est la porte des brebis. Et que cette porte est une porte
de liberté, c’est une porte qui s’ouvre dans les deux sens : on entre
et on sort ! Les brebis elles suivent la voix du berger, mais elles sont
libres aussi d’aller et venir, d’entrer et de sortir. Ce qui compte, c’est
de passer la porte, et la porte, c’est Jésus lui-même.
Bien
sûr qu’il doit y avoir des conditions et des préalables pour qu’une personne
puisse être ordonnée prêtre ou… ; la vocation ne se résume pas seulement
à un désir personnel, c’est aussi l’Eglise qui appelle au nom du Christ et qui
reconnaît chez le candidat les aptitudes pour un ministère ordonné. Mais il ne
faudrait pas tomber sous le reproche cinglant que Jésus fait aux pharisiens et
aux docteurs de la loi qui « lient des fardeaux pesants, et les
mettent sur les épaules des hommes, mais ils ne veulent pas les remuer du doigt ».
(Mt 23,4 ; Lc 11,46). Nous savons par ailleurs que Jésus a bien averti
ceux qui veulent le suivre de bien évaluer leur capacité d’aller jusqu’au bout
(Lc 14, 28-30). Mais si la porte, c’est d’abord Jésus lui-même, est-ce à nous
(je veux dire à l’Eglise-institution) de définir sa largeur en centimètres
voire en millimètres, si en définitive c’est le Christ qui appelle ? Il
peut y avoir là une contradiction. Je ne dis pas que c’est facile à résoudre,
je voudrais juste inviter à être attentif dans nos communautés d’Eglise à cet
aspect premier, qui se joue dans le cœur de la personne humaine.
C’est
quoi, la vocation ? Vous savez ?
C’est
pas un truc réservé à certains, à une élite dont vous ne faites pas partie :
Imaginons
qu’en chacun de nous, il y aurait un lieu précieux, un lieu clos, bien protégé,
dans lequel attendrait bien sagement ce qui appartient au Seigneur :
La
part qu’il s’est choisie, la part qui le connaît depuis toujours, qui a les
oreilles pour entendre et reconnaître sa voix.
Depuis
notre naissance − probablement depuis avant notre naissance − il y a en nous
quelque chose qui est sensible à la voix du Seigneur, quelque chose de fragile,
de doux et de docile qu’il aime particulièrement… imaginons que ce quelque
chose en nous, il appelle ça : brebis. Evidemment nous ne sommes pas
des brebis. Jésus ne nous prend pas pour des brebis ; il n’attend pas que
nous ressemblions à des moutons. Mais il compare seulement là une relation :
celle que lui voudrait avoir avec nous, et qu’il compare à celle qu’un berger a
avec chacune des brebis de son troupeau. Et dans ce passage, il dit en plus :
« Je suis la porte des brebis » : Cette part de lui en
nous qui le reconnaît, qui connaît sa voix n’est pas destinée à rester
enfermée. Il y a une porte. Une porte de liberté, comme je le disais tout-à-l’heure,
pour aller et venir.
Eh
bien, chers frères et sœurs, la vocation, ce n’est rien d’autre que de lâcher
les brebis, que de les laisser aller, que de les laisser répondre à cette voix.
Ce n’est rien de spectaculaire, rien de mystique, ceux qui répondent ne sont
pas des héros, ils ne sacrifient rien : Il faut absolument arrêter de
croire et de répéter que les prêtres donnent leur vie ! c’est
faux ! Les prêtres, les diacres et les évêques ne donnent pas
leur vie ! Ils se la laisse ravir !! ils sont ravis de se la
laisser ravir ! et ils reçoivent bien plus qu’ils ne croient perdre !
Seul Jésus donne sa vie ! (c’est la suite du texte de St Jean).
Un
ministre ordonné ou un séminariste qui vous dirait qu’il donne sa
vie est bien malheureux… parce que le Seigneur ne la lui demande pas. Le
Seigneur lui demande seulement de se laisser aimer par lui… ! Et lui,
le Christ, fait le reste. Il se sert alors de celui ou celle qui a reçu et
accepté cet amour pour soutenir fraternellement et aider chaque brebis à trouver
et passer la porte… C’est la mission des prêtres, mais aussi de tous les baptisés,
les appelés, les consacrés… de chacun de nous.
Alors,
chers frères et sœurs, avez-vous trouvé vous aussi cette porte ?
Et si oui, n’hésitez pas à aller et venir, en toute liberté, pour qu’en passant
cette porte (celle de l’église où nous sommes, mais aussi la porte du cœur de
tous ceux que nous rencontrons, vous vous souveniez d’ouvrir vos oreilles à la petite
voix intérieure, la voix qui dit :
« Moi, je suis venu pour
qu’on ait la vie, et qu’on l’ait surabondante »
╬ Amen alléluia !
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