A DIM 16 - La sainte patience

 


Chers frères et sœurs,

 

Avez-vous remarqué à quel point l’Évangile de ce jour ressemble à la gestion de notre vie quotidienne ? Jésus nous parle d'un agriculteur qui sème du bon grain, mais pendant que tout le monde dort, son pire ennemi vient jeter de la mauvaise herbe – de l'ivraie – partout dans son champ.

Si Jésus vivait à notre époque, il ne parlerait pas d'ivraie. Il dirait probablement : « Le Royaume des cieux est semblable à un groupe WhatsApp familial où vous partagez de jolies photos de vacances, mais pendant que vous dormez, votre cousin complotiste y sème des vidéos de fin du monde... »


 

Face à cette mauvaise herbe, la réaction des serviteurs est immédiate, presque viscérale : "Chef, on sort le lance-flammes ? On arrache tout ?" (la méthode Trump si vous voulez...)

Avouons-le, nous sommes tous un peu comme ces serviteurs. Nous adorons le désherbage. Surtout dans le jardin des autres.

  • Nous aimerions expédier sur la lune le voisin du dessus qui passe l'aspirateur à 6 heures du matin.
  • Nous aimerions éradiquer le collègue de bureau qui rouspète sans arrêt sur tout.
  • Et parfois, le dimanche à la messe, en regardant notre assemblée, nous nous disons : "Seigneur, il y a de très beaux épis de blé ici... mais alors là-bas, au troisième rang, ça ressemble quand même beaucoup à de la zizanie, du chiendent..!"

Mais la réponse du Maître est un immense choc pour notre besoin de justice immédiate : "Non, laissez-les pousser ensemble."

 



Pourquoi Dieu refuse-t-il qu'on arrache l'ivraie ? Parce qu'au début de leur croissance, le blé et l'ivraie se ressemblent comme deux gouttes d'eau. Les racines sont emmêlées. Si on commence à jouer aux apprentis justiciers, on va faire des dégâts collatéraux.

Le message caché de Jésus est plein d'humour et de réalisme sur notre condition humaine : le bien et le mal sont totalement imbriqués. Notre cœur n'est pas un sachet de graines triées par un robot industriel. Notre cœur est un pack "tout-en-un" : C’est comme ça !

  • Le matin, nous sommes du bon grain : nous prions, nous sourions, nous donnons aux pauvres.
  • Le soir, nous devenons de l'ivraie : nous râlons dans les embouteillages, nous critiquons la belle-mère et nous mangeons la dernière part de gâteau en accusant le chat.

 


Dans le "pack de la création", tout est mélangé, parce que Dieu pense que dans chaque graine il peut avoir quelque chose de bon, même si elle a l’air d’une mauvaise herbe. D’ailleurs, honnêtement, quand vous étiez jeunes, est-ce qu’on ne vous a pas traités de "mauvaise graine" (comme je l’ai été moi aussi) ?  

Si Dieu décidait d’éliminer toute l’ivraie de la Terre ce soir à minuit, aucun d'entre nous ne verrait le lever du soleil demain matin ! L'ivraie, c'est aussi un peu nous. Nos petits côtés, mais qui peuvent s’améliorer ou se révéler meilleurs qu’on ne croyait (on redécouvre d’ailleurs aujourd’hui l’utilité de certaines espèces qu’on désignait comme invasives ou parasitaires…).

 


La bonne nouvelle de cette parabole, c'est que Dieu nous demande d'avoir une qualité très difficile à obtenir : la patience. Mieux encore, il nous donne une excuse théologique pour ne pas stresser.

Face au mal dans le monde ou aux défauts de notre entourage, la consigne divine n'est pas de s'épuiser dans une guerre sainte du nettoyage. La consigne est de laisser faire le temps et de faire confiance au Moissonneur. Dieu ne nous demande pas d'être la police de l'environnement spirituel. Il nous demande simplement de nous concentrer sur notre propre croissance : porter du bon fruit, donner du bon grain.

Alors, détendons-nous. Cultivons la sainte patience (et la stratégie du farniente). La prochaine fois que vous croiserez une "mauvaise herbe" dans votre vie ou dans celle des autres (surtout celle-là) :

1.    Souriez.

2.   Rappelez-vous que Dieu l'arrose quand même.

3.   Demandez-lui la grâce de supporter le mélange avec humour.



Laissons à Dieu le soin de faire le tri à la fin des temps. D'ici là, grandissons ensemble, acceptons nos ronces mutuelles, et que notre blé soit si beau qu'il donne envie à l'ivraie de changer de variété ou de servir d’engrais !

Amen ! 



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