A AVENT 01 - Veilleurs dans l'espérance

 


J'ai toujours eu quelques difficultés à comprendre ce passage de l'évangile de St Matthieu où le Christ nous invite à la vigilance : « Veillez ».

« Veillez »... bon d'accord… mais… veiller sur quoi ?

« Tenez-vous prêts ».... bon d'accord… mais… prêts à quoi et comment ?

On s’attendrait à ce que la liturgie de ce temps de l’Avent nous fasse déjà rêver de Noël, avec de belles histoires et des images attendrissantes qui sont censées faire de cette fête une bulle de bonheur sans tache nous faisant oublier le marasme et la dureté du monde…  C’est en tout cas ce que la société moderne de consommation nous matraque avec ses publicités et ses décors de Noël depuis le 2 novembre et même déjà avant.

Au lieu des merveilleuses histoires attendues, des textes plutôt menaçants : « Tenez-vous prêts ! Ce sera comme aux jours de Noé : les gens ne se sont doutés de rien, jusqu’à ce que survienne le déluge qui les a tous engloutis. Deux hommes seront aux champs : l’un sera pris, l’autre laissé. Deux femmes seront au moulin en train de moudre : l’une sera prise, l’autre laissée… »



Les déluges, on connaît ! Les médias nous en servent déjà quotidiennement, des déluges de mauvaises nouvelles… Et plus c’est inquiétant, plus on a envie de se réfugier dans la bulle dont je parlais il y a un instant : du rêve, des cadeaux, de la nostalgie, du repli sur la chaleur familiale dans une ambiance festive et faussement sécurisante…

Jésus n’en a rien à faire. Il casse sans hésiter tous ces codes et ces convenances que nous avons élaborés pour fêter à notre manière Noël. Pour lui, ce qui est important, ce qui est vital, c’est de se préparer à Sa venue : « Veillez donc, car vous ne savez pas quel jour votre Seigneur vient. »

La plupart de nos contemporains, et même des chrétiens, ont fait de la venue du Christ un évènement du passé. On fête Noël comme on fêterait un anniversaire. Ou l’armistice du 11 novembre.

Or, nous dit Jésus, sa venue est quelque chose qui a lieu n’importe quand, et surtout au moment que nous n’aurions pas prévu. Parce que cette venue, c’est sa naissance dans notre cœur. C’est le moment où nous Le laissons entrer dans notre vie pour de bon. Jésus ne parle pas seulement de son retour à la fin des temps, il nous dit qu’il vient à notre rencontre à un moment où ce n’est pas nous qui l’avons choisi et planifié – car c’est lui qui a la main !  Que ce soit dans Sa Parole, dans Son Eucharistie, dans chacune de nos rencontres, il peut à ce moment-là me dire si j’ai le cœur ouvert : « Je suis là. C’est moi. Veux-tu m’accueillir dans ta vie, et vivre de moi ? Veux-tu demeurer en moi, et que je demeure en toi par mon Souffle de vie qui guidera chaque jour tes pas ? Je t’aime de l’amour dont le Père m’a aimé. Veux-tu m’aimer, toi aussi ? »

Le déluge, voyez-vous, c’est un nettoyage, une purification : des affects, des idolâtries, des mauvaises habitudes et des addictions qui nous séparent de la vie de Dieu. C’est un baptême, celui dans l’Esprit, qu’il nous faut recevoir pour renaître à neuf, vivre de Dieu, en Dieu à chaque moment, chaque respiration. C’est ça, fondamentalement, Noël. Dieu en Jésus se fait humain, pleinement homme, pour que nous les hommes, nous devenions pour lui des fils et des filles, vivant de Sa vie et la répandant autour de nous.

Le déluge, c’est une image d’espérance et une promesse de vie : un monde nouveau commence quand j’accepte que ce déluge d’amour me fasse perdre pied et m’emporte sur un nouveau rivage, une montagne sainte comme dit Isaïe, celle où toutes les nations afflueront.

De cette transformation intérieure de chaque homme par le bain d’amour, le déluge de l’Esprit Saint qui ne cesse de se répandre partout sur la terre, naît un peuple nouveau, celui que Dieu prépare et qui marchera à la lumière du Seigneur, un peuple où la guerre sera détruite et où règnera la paix : « De leurs épées, ils forgeront des socs, et de leurs lances, des faucilles.
Jamais nation contre nation ne lèvera l’épée ; ils n’apprendront plus la guerre. »

Dans notre monde plein de bruit et de fureur, où des grands bouleversements nous choquent et nous surprennent, ce n’est pas simple de voir Jésus qui vient. Dans ces évènements, tout peut ressembler à une fin ou à un commencement ! Il faut discerner : Tout est question de regard. Ceux qui s’enferment dans la nuit ne voient pas le soleil se lever, ceux dont la peur ferme les yeux n’iront pas plus loin.

• Il faut veiller pour voir ce qui naît.
• Il faut être prêt pour s’émerveiller devant le monde nouveau qui surgit.
• Il faut être prêt pour la naissance de Dieu. Il est là, à chaque instant. Il naît. Un regard à l’affût de chaque naissance, c’est la foi et l’espérance en même temps. C’est un regard qui aime les commencements et les recommencements.



Comment veiller ? Aucun d'entre nous ne peut prévoir tel ou tel événement qui va bouleverser sa vie ou celle de ses proches. Mais chacun d'entre nous peut veiller, se rendre proche de celui ou celle qui en a besoin, malgré la fatigue et malgré les soucis de sa propre vie. Heureux le cœur qui veille dans l’amour, il verra toutes choses – et ses frères avec le regard de Dieu !

Oui, mes amis, il est temps de sortir de notre sommeil comme le clame l’apôtre Paul, il est temps de rejeter en pleine conscience les œuvres des ténèbres et leurs oripeaux (le doute, la peur, la méfiance, la désespérance et le repli égocentrique qui conduisent à la violence) pour se revêtir des armes de la lumière : la douceur, la compassion, la générosité, la tendresse, le pardon…, et la confiance envers et contre tout en Celui qui vient pour nous donner la Vie !

Oh oui, viens Seigneur Jésus !  (Apoc 22,20)

Que le Dieu de la paix soit toujours avec vous ! Bon Avent !



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