A PAQUES 05 - à la recherche de Jésus
« Que votre cœur ne soit pas bouleversé »
Il en a de bonnes Jésus !
Qui ne serait pas bouleversé à l’annonce qu’un être
cher -lui-même !- va vous quitter bientôt ?
Et partir vers où, pour quelle destination ?
Dans ce passage qui fait partie des dernières
confidences de Jésus à la Cène, il n’y a pour lui de façon évidente qu’une
destination possible : la mort ! C’est clair.
Chouette de sa part de nous annoncer qu’il va nous
préparer une place, mais franchement, on préfèrerait qu’il reste, non ?
Moi, je crois que les disciples, là, pour le coup,
ils sont tous tétanisés. Déjà qu’ils n’ont pas très bien compris le geste de leur
maître qui leur a donné le pain comme si c’était sa chair, le vin comme si c’était
son sang… et puis, après le lavement des pieds : « faites cela en
mémoire de moi ». Quand on fait mémoire de quelqu’un ou de quelque chose,
c’est que c’est devenu du passé, non ?
Alors je suis 100 % en phase avec Thomas quand il
lance à Jésus à brûle-pourpoint : « Où tu vas ? » - « Où
t’es papa, papa où t’es ? »
J’aurais pas aimé moi non plus que Jésus me quitte
comme ça.
Mais il ajoute quand même qu’il y a un moyen pour
le rejoindre – le retrouver. Un chemin.
Un chemin pour aller à la recherche de Jésus.
« À la recherche de Jésus » : Un
beau titre pour cette homélie, non ?
Parce qu’en fait, pour moi cette phrase elle
représente toute ma vie : Ma vie, c’est une recherche de Jésus.
Je pense l’avoir trouvé, un jour, oui, mais tout ce que je fais, ma vie toute
entière, c’est pour essayer de le rejoindre ! -c’est qu’il marche vite,
hein !
Et je crois qu’on est tous appelé à cela. Un jour,
on a découvert le Christ, on s’est senti proche de lui – ou lui proche de nous (comme
les brebis dont il nous parlait dimanche passé, et qui connaissent la voix du
berger… ). Et depuis, on veut tout le temps le rejoindre, « être avec
lui », toujours ! C’est cela, je pense, être « disciple ».
Il y a donc un chemin pour rejoindre Jésus. Mais le
plus fort, c’est que c’est Jésus ui est le Chemin, dit-il : « Moi je
suis le chemin ; la Vérité et la vie - personne ne va au Père sans passer
par moi »
Donc pour trouver le chemin il faut prendre le
chemin !! Il faut « passer par le
Christ » qui est la porte, le chemin… C’est un peu paradoxal au
premier abord : ça me rappelle une histoire de quand nous étions
séminaristes, et on avait fait tous ensemble une balade à vélo avec nos professeurs.
Un de nos braves professeurs s’était laissé distancer, et puis il était perdu.
Il avise un homme sur le bord de la route, et il l’appelle en lui demandant « de
lui indiquer le chemin ». « Le chemin pour où ? » lui
répond le quidam – « Ben c’est ça justement que je voudrai savoir ! »
répond le prof. ( 😉 )
Je crois en fait que cette affirmation du Christ
comme étant lui-même « le Chemin » ou « la Voie » nous
permet de mieux comprendre une autre phrase citée par St Augustin à qui Jésus
dit : « Tu ne me chercherais pas si tu ne m’avais pas déjà trouvé. »
Aimer, c’est chercher l’autre. Parce qu’on aime, on
cherche, on le cherche, et on n’a jamais fini de le chercher et de le
trouver.
Et chercher Jésus, c’est en même temps être du
côté de la Vérité et de la Vie. Être du côté de Dieu.
Cheminons avec Jésus.
J’aime utiliser « cheminer » car ce verbe exprime
une proximité, une intimité, un compagnonnage. Ce chemin n’est pas une
autoroute où la vitesse est requise. Nous y allons à notre rythme.
Ce chemin n’est pas non plus un escalator qui nous
entraînerait de force. Nous y sommes libres.
Contrairement au chemin de Compostelle et à nos
chemins humains, c’est un chemin sans retour. Nous y allons de l’avant, portés
pas l’Amour du Père et du Fils et le souffle de l’Esprit.
Et nous ne sommes pas passifs. Il faut avancer !
– même si ce n’est que de quelques millimètres par jour, même si c’est un peu
comme la procession d’Echternach : « trois pas en avant, deux pas en
arrière… » AVANCER !
Nous ne pouvons pas rester dans l’immobilité. Jésus
est un nomade, je dois l’être aussi. Ça ne veut pas dire que je dois acheter
une roulotte, vendre ma maison, changer de paroisse chaque dimanche : Non.
Ce que Jésus veut, c’est que je le cherche dans tous les événements et les
rencontres de ma vie, pour en faire des occasions d’aimer. « Je cherche
le visage, le visage du Seigneur, je cherche son image tout au fond de vos cœurs… ! »
Comment est-ce que je peux avancer sur le chemin,
quand je suis malade, handicapé, épuisé, raplapla ?
…Eh bien, peut-être que justement, à ce moment-là,
c’est ma maladie qui est le chemin ! Ou ma dépression, ma fatigue…
C’est sûrement pas le chemin que je voudrais, celui
que j’aurais choisi…, mais peut-être que c’est le meilleur chemin pour moi en
ce moment, celui que le Seigneur me propose pour AVANCER dans la foi. Pour me
mettre en état d’espérance. Pour vivre une communion plus forte avec Lui. Pour aimer,
et servir comme je puis mes frères.
Jésus a dit : « Celui qui croit en moi
– qui croit en continu, chaque jour – celui-là fera les œuvres que je
fais, il en fera même de plus grandes puisque je pars au Père ».
Je pense que vous avez du mal à penser que vous
allez faire de plus grandes œuvres que Jésus, non ? Et pourtant, s’il le
dit… Alors, ces œuvres, je ne crois pas que ce seraient des « miracles »
comme ceux que Notre Seigneur a faits : Guérir des sourds-muets, des
lépreux, des paralytiques, marcher sur l’eau, nourrir les foules avec trois
fois rien, faire sortir un mort du tombeau… c’est spectaculaire mais ce ne
sont que des signes qu’il a donné pour montrer qu’il vient du Père.
Les œuvres plus grandes dont il parle doivent être
d’une autre nature. Elles sont plus grandes parce que désormais Jésus il est en
nous tous, en tous les disciples, tous ceux qui forment ensemble son Corps qui
est l’Eglise. Et quand c’est l’Eglise qui agit, c’est lui Jésus qui est à l’œuvre !
C’est Jésus multiplié ! des milliards de fois !
Ces œuvres-là on les voit partout dans le monde –
il n’y a pas que des horreurs dans le monde, loin de là – et ici, dans la
maison où nous sommes : le sourire des patients
et des résidents, les gestes d’entraide, l’attention des soignants et du
personnel, la gentillesse des bénévoles, l’écoute et le partage dans l’amitié …
VOILÀ LES ŒUVRES que Jésus nous donne de faire EN SON NOM, AUJOURD’HUI et
CHAQUE JOUR ! C’est LE CHEMIN, en fait, chacune de ces bonnes œuvres, de ces
gestes est comme un pavé de ce chemin de Vie – la route qui se construit
et qui mène les hommes vers Dieu !
Et cela s’appelle aussi la DIACONIE, mot qui en
grec signifie « service » et qui est à l’origine des Diacres comme
ceux dont parle la première lecture des Actes des Apôtres – mais c’est chacun
et chacune, finalement, chaque baptisé qui est appelé à « faire œuvre »
d’amour, de paix, de bonté et de justice, avec l’aide et la force de L’ESPRIT-SAINT
que Dieu nous a donné à notre baptême et dont nous allons bientôt à la
Pentecôte fêter la venue.
Jésus, Toi qui es notre chemin, Toi qui es la Vérité et la Vie, donne-nous de ne pas nous arrêter, mais de continuer à avancer avec Toi jusqu’au jour où nous Te verrons enfin face à face, le Compagnon de nos routes, de nos peines et de nos joies !
Et comme on dit sur le « camino » de
Compostelle : ULTREÏA ! DEU ADJUVA NOS ! Allons plus loin, et
que Dieu nous aide ! Amen.
Chant des pèlerins de Compostelle : Ultreïa (cliquez sur l'image)
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