A DIM 04 - Le vrai bonheur

 


Frères et sœurs, je vous invite à vous poser une question, la même que je m'adresse moi-même :

"Être chrétien, est-ce que ça me rend heureux ?"

 

Je crois qu'en ce dimanche où nous entendons dans les Béatitudes Jésus déclarer "heureux" tous ceux qui vivent le Royaume des cieux, nous pouvons laisser résonner en nous cette question… "Être chrétien, est-ce que ça me rend heureux ?"

Pour vous, je ne sais pas. Enfin, je suppose que cela vous rend un peu heureux, sinon vous ne seriez pas ici ce soir / ce matin…

Pour moi, malgré les difficultés, je peux dire que mes plus grands bonheurs, je les ai rencontrés grâce à mon engagement chrétien.

La manière dont je vis ma foi a évolué depuis ma première communion, ma confirmation. Depuis mon ordination… et elle évolue encore.

Mais elle évolue elle s'approfondit surtout dans la mesure où je comprends toujours mieux cette parole : "HEUREUX LES PAUVRES DE CŒUR".



Je n'ai jamais voulu être pauvre ; vous non plus je suppose.

Mais comme vous, j'ai rencontré des pauvretés. j'en ai vécu aussi. Dans ma propre vie.

Par exemple, il y a quelques années, c'est cet accident qui m'a rendu incapable de faire quoi que ce soit pendant plusieurs mois. Dépendant des autres. Pour tout. Et aujourd'hui, encore des fatigues et quelques petits inconvénients…

Plus récemment, j’ai vécu un burn-out, un épuisement psychique et physique qui m’a forcé à réorienter complètement mes engagements, ma mission, en reconnaissant que je ne pouvais plus remplir celle-ci dans ces conditions. Et donc, mes supérieurs m’ont autorisé à prendre ma pension en me confiant une mission plus à ma taille, en tant que responsable d’aumônerie hospitalière et « célébrant d’appoint » ou dépanneur pour soulager mes confrères.

Comme vous, j’ai aussi vécu des deuils. Des pertes. Des déménagements. Subir des incompréhensions ou de la dureté voire de la méchanceté gratuite – mais pas que, heureusement !

Il y a aussi d’autres pauvretés, celles auxquelles on fait face comme on peut, et qui sont liées à mon histoire personnelle, mon éducation : Toujours la peur de mal faire, l'angoisse de ne pas être à la hauteur...

 

Ça, ce sont mes pauvretés !

Vous, vous avez les vôtres : Maladie. Deuil. Problème familial. Perte de revenu. Epreuves de toute sorte…


 

Eh bien, croyez-moi, je comprends mieux aujourd'hui cette parole : "Heureux, les pauvres… ", qu'au début de mon séminaire !

Car je me suis senti certains jours proche du Pauvre de l'Evangile, celui qui a prononcé ces Béatitudes et qui les a vécues jusqu'au bout, jusqu'à la croix…

 






S'il a choisi, lui, d'être pauvre, c'est pour que nous ne soyons pas humiliés devant Lui. Ni devant les autres.

=>C'est pour nous dire une chose unique, qui devrait nous suffire pour orienter toute notre vie : Dieu nous aime.

Tels que nous sommes, et non tels que nous voudrions être.

 

Tant que je suis riche de quelque chose, je ne le ressentirai pas, je ne le comprendrai pas, cet Amour. Parce qu'au fond, je n'en aurai pas besoin.

Je serais content avec moi-même, de moi-même. Autosatisfait.

 

Mais si je suis pauvre de moi-même, pauvre de cœur, en manque de « quelque chose », je peux ressentir cet Amour comblant qui me délivre de toutes mes fausses richesses… qui me fait voir aussi dans les autres des frères et des sœurs…

 

Frères et sœurs, les Béatitudes ne sont pas un tranquillisant spirituel destiné à nous faire accepter les difficultés de la vie présente dans l'attente d'une vie meilleure !

Elles sont un appel qui nous est confié, à nous qui avons reçu la grâce de connaître l'Evangile : Être "pauvre de cœur", c'est être solidaire de tous ceux qui souffrent, qui sont persécutés, ont soif et faim de la justice… etc.

C'est être, je crois, enfin un homme – une femme selon le cœur de Dieu.

Ce que j’essaye humblement d’être (de devenir), avec mes limites et mes pauvretés qui deviennent des forces. J’en suis chaque jour étonné.

 


« Ma grâce te suffit », a répondu le Christ à Paul qui le priait de le délivrer de ses limites, ses pauvretés. « Ma grâce te suffit, car c'est dans la faiblesse que ma puissance se montre tout entière. »  (2 Co 12,9)

=>Lorsque j’accueille chacune de mes pauvretés non pas comme une malédiction mais comme une occasion d’aimer mieux et davantage, ce n’est plus moi alors qui agit avec mon orgueil et mon autosuffisance, mais c’est le Christ qui agit et qui fait s’orienter tout vers le bien. Je pourrais en témoigner longuement ! C’est ce qui a fait dire à Paul cette phrase paradoxale mais juste du point de vue de la foi : « Lorsque je suis faible, c'est alors que je suis fort. »  (2 Co 12,10)

 


[Citation entière : " Je préfère donc bien volontiers me glorifier de mes faiblesses, afin que la puissance du Christ habite en moi. C'est pourquoi je me plais dans les faiblesses, dans les opprobres, dans les nécessités, dans les persécutions, dans les détresses, pour le Christ; car lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort. " (2 Co 12,10)]

............

Alors, mes amis, n’est-ce pas à vous, à moi… à nous tous, que s’adresse encore l’apôtre dans ce passage extraordinaire entendu juste avant l’Evangile des Béatitudes ? – et que je ne résiste pas à l’envie de vous relire : 

« Vous qui avez été appelés par Dieu, regardez bien : parmi vous, il n’y a pas beaucoup de malins aux yeux des hommes, ni de gens puissants ou de haute naissance. Au contraire, ce qu’il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi, pour couvrir de confusion les sages ; ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi, pour couvrir de confusion ce qui est fort ; ce qui est humble, méprisé dans le monde, ce qui n’est pas, voilà ce que Dieu a choisi, pour réduire à rien ce qui est : 

ainsi aucun être de chair ne pourra s’enorgueillir devant Dieu. C’est grâce à Dieu, en effet, que vous êtes dans le Christ Jésus, lui qui est notre sagesse, notre justice, notre sanctification, notre rédemptionAinsi, comme il est écrit : Celui qui veut être fier, qu’il mette sa fierté dans le Seigneur ! »

 


=>Dans cette société où les ego-s sont de plus en plus surdimensionnés, alors que les grands de ce monde s’affrontent pour conquérir la puissance absolue,  que partout les pauvres sont méprisés, écrasés dans cette course folle à la richesse et au prestige, à la célébrité y compris sur les réseaux sociaux où chacun étale tout ce qu’il fait… et jusque dans les médias, les cercles culturels, académiques, politiques et même les cours de récréation, qui sont devenus « des étangs pour les grenouilles qui veulent se faire plus grosses que le bœuf »,

…,est-ce que nous tous, disciples du Pauvre de Nazareth, ne devrions-nous pas davantage encore manifester au monde par notre façon de vivre, le vrai Bonheur - celui que nous indique aussi le prophète Sophonie dans la 1ère lecture :

 

« Cherchez le Seigneur, vous tous, les humbles du pays, qui accomplissez sa loi. Cherchez la justice, cherchez l’humilité…(So 2,3)

 

ALORS : « la joie du Seigneur sera notre force » (Néhémie 8, 10) 


 

Puissions-nous tous et chacun découvrir, expérimenter et partager ce bonheur-là !

 

Amen.



 

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