A PAQUES - Un vide salutaire ou les bienfaits du vide
Pâques : Un vide salutaire ou les bienfaits du vide
En ce moment précis, frères et sœurs, nous sommes devant un vide. Comme les disciples devant le tombeau de Jésus au matin de Pâques.
Il n’y a pas que la nature qui a horreur du vide – comme l’affirmait Aristote. Nous aussi, les humains, nous n’apprécions et ne recherchons que ce qui est plein.
Qu’il s’agisse d’essence dans le
réservoir de notre voiture, de nourriture dans le frigo, de liquide dans notre
portefeuille ou d’argent sur notre compte en banque, nous ne sommes rassurés,
satisfaits, que si la jauge, les compteurs indiquent : plein !
De même, il faut pareillement que notre emploi du temps – celui des enfants mais aussi celui des adultes – soit rempli d’activités censées nous occuper et empêcher le vide : sport, sorties, voyages, et tous les travaux « urgents » que nous nous inventons.
On accumule de la même manière
des objets, des souvenirs, des biens, qui remplissent notre espace de vie
parfois jusqu’à la saturation – comme les émissions télés, les réseaux sociaux,
l’internet et tous les médias que nous surconsommons. Nos cerveaux,
comme notre espace et notre temps, sont pleins, archi-pleins. Et on ne cesse de
les remplir encore.
: Pas de place pour la
contemplation, l’intériorité, le creux, le questionnement…
Chez l’homme moderne, tout est
plein.
Se poser des questions – sur sa vie, sur le pourquoi du monde, de l’existence,
sur Dieu… ce serait déjà admettre un vide, et le vide donne le vertige !
On préfère le plein des
certitudes faciles, des pensées toutes faites et sur mesure, des habitudes qui
ne nous remettent jamais en question : c’est tellement plus simple, plus
confortable !
C’est à cause sans doute de ce
penchant, qu’il a fallu tant de temps pour reconnaître que c’était la terre qui
tournait autour du soleil et pas l’inverse… !
La nature humaine (qui est dénaturée) a horreur du vide. L’homme remplit tout : la terre, les océans, le ciel, l’espace… et pas qu’avec de bonnes choses, hélas !
Les tombeaux, eux aussi, doivent
être pleins.
C’est la norme. Les morts doivent être à leur place ; et dans ces trous que
nous creusons, dans nos tombes et celles de nos êtres chers, nous y mettons
aussi nos rêves, nos joies, nos amours, nos souvenirs du passé et nos espoirs
du lendemain… Et puis nous les refermons bien vite.
Le deuil cela consiste souvent à
éliminer le vide, le manque de nos vies. On cherche à les remplir pour faire
comme s’ils n’existaient pas. Mais on n’y arrive pas toujours… alors on remplit
encore et encore…
Eh bien depuis Pâques, mes amis,
c’est raté !
: On se prend un vide, et quel
vide !
Celui d’un matin qui aurait dû être comme
tous les matins où on recommence les mêmes gestes que la veille, avec les mêmes
regrets, la même peur, la même douleur… une journée déjà pleine et finie avant
d’être commencée…
Mais
ce matin-là était différent : un matin de commencement du monde comme lors de la Création,
suggère l’évangéliste en indiquant l’heure. Et cela commence par un vide,
le vide du tombeau.
Entre parenthèses, j’adore ce
moment de la journée, dès mon lever à l’aurore, là où commence un jour tout
neuf, un jour vide encore de ce que je vais y vivre et de ce que
le Seigneur va y mettre… Je confie ce jour vide dans ma prière :
qu’il soit un jour de résurrection, de lumière, d’espérance pour tous !
Eh bien frères et sœurs, nous
voilà ce jour, ce matin, comme les disciples, au bord d’un tombeau vide :
celui de Jésus que nous avons enterré vendredi dernier.
Avec Marie-Madeleine, Marie,
puis avec Pierre et le disciple que Jésus aimait, nous nous tenons sur le
seuil, et nous scrutons l’intérieur, et il n’y a rien.
Vous ressentez le choc ? C’est
comme un tremblement de terre : tout se met à trembler, même les
gardes – que nous avons dans notre tête. Et devant ce vide, nous ne savons que
penser : le vide de la fin, ou le vide des commencements ?
Avez-vous déjà éprouvé cela,
frères et sœurs ?
Cela m’est arrivé quelques fois au cours de ma vie, lors de moment où j’étais particulièrement en perte de sens et où tout était remis en question, après des échecs où je m’interrogeais sur mon orientation ; ou à des tournants de ma vie, où j’acceptais de sauter dans le vide -le vide de la foi- en lâchant prise sur tout, en acceptant que le Seigneur fasse le ménage dans mon existence…
Et cela a été chaque fois
fécond ! … Le vide, quand nous le rencontrons dans notre vie, nous invite
au lâcher prise : C’est cela, la FOI. Alors, Dieu peut remplir notre vie
comme LUI l’entend, en nous conduisant sur des chemins nouveaux, des chemins de
lumière. Il faut seulement accepter que nous ne maîtrisions pas, que nous ne
contrôlions pas...
Bienheureux vide qui nous dérange et nous sort
de nous-mêmes, nous fait adhérer à la promesse de Celui qui est le Chemin, la
Résurrection et la Vie et nous ouvre sans cesse à son à-venir ! Avec Lui, je me sens de plus en
plus vivant, moins plein de moi-même, et même si je perds en avançant en âge de
ces choses qui me rassuraient ou qui remplissaient mes manques, je l’accepte
plus volontiers ; si je perds de mes capacités ou même si je vis d’autres
pertes, des deuils, des absences… je sais que je puis te confier ces vides, Seigneur :
c’est Toi qui me combles et me rends heureux car tu me donnes d’aimer sans rien
garder.
... Voilà frères et sœurs, merci d’avoir écouté mon petit témoignage.
Aujourd’hui, ce matin, nous
sommes mis sur le seuil, Nous sommes convoqués sur le seuil :
Derrière nous, des tombeaux pleins, débordants, saturés – comme nos vies de fous !
Devant nous, un tombeau non pas vide mais vidé car Celui qu’on y avait
enfermé en est sorti de lui-même.
Derrière nous, ce que nous connaissons, ce que nous savons.
Devant nous, ce que nous ne
savons pas et qui peut tout changer…
Sur ce seuil, il se peut que
nous soyons pris de vertige. En nous penchant, nous n’aurons aucune aide car il
n’y a rien… rien à voir !
Le tombeau est vide et le
tombeau lui-même a disparu aujourd’hui…
En nous penchant, il va falloir
simplement accepter d’être vides, nous aussi, pour être remplis, comme les
femmes au sépulcre, d’une grande joie : celle de CROIRE.
Croire enfin à notre résurrection.
A notre victoire
sur la mort. Une victoire acquise, définitive, sans conditions.
A notre vie éternelle,
celle dont nous vivons déjà, dès
aujourd’hui
Pas une vie éternelle pour plus
tard, pas une vie éternelle à monter soi-même, une vie éternelle reçue par
grâce !
On nous demandera tout-à-l’heure
au moment du geste de paix de nous saluer en disant « le Christ est
ressuscité » et de répondre « il est vraiment
ressuscité ».
Mais que disons-nous en disant
cela ?
Que disons-nous d’autre que
« Nous sommes ressuscités » !
Le Christ nous a entraînés dans
sa résurrection, la mort, c’est une affaire réglée dans les eaux du
baptême !
Maintenant, il va falloir
consentir à notre résurrection !
Maintenant pour nous, c’est
Pâque ! Aujourd’hui ! Et demain et tous les jours de notre vie
éternelle ! Et le jour des quatre planches et de l’enfouissement !
Que nos alléluia n’acclament pas le "souvenir de la victoire du héros" ;
Qu’ils acclament sans cesse notre résurrection. Le Premier-né d’entre les morts a fait de nous des fils et des filles de la résurrection ;
nos tombeaux pleins
sont des tombeaux vides ! Amen ! Alleluia !!
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