A ASCENSION – L’absence-présence
On a tous vécu un jour l’expérience de perdre quelqu’un,
n’est-ce pas, ou on la fera un jour…
Quelqu’un parlait de son épouse, décédée il y a
plus de dix ans, et il disait « bizarrement, cette absence, si douloureuse
et si vive, est une présence. »
Comme je comprend bien cela.
Est-ce que l’Ascension, ce terme bizarre lui aussi
pour représenter ce que nous célébrons aujourd’hui, ne serait pas un peu du
même ordre ?
C’est certain qu’il faut se dégager de l’imagerie
biblique et mythologique pour pouvoir rejoindre la réalité qui est suggérée par
ces images.
Ascension.
« Il s’élève », dit le texte des Actes. On parle aussi chez Matthieu
d’ « enlèvement » au ciel. De nuage. De séparation (soustraction).
Oui, ça on connaît : Jésus est soustrait. Il n’est plus visible, à portée
de regard.
C’est brutal. C’est tranché net. Mais, je me
rappelle, quelque part ça correspond au style des apparitions du même Jésus aux
disciples : « Jésus vint, et il était là au milieu d’eux ».
Point barre.
Bon. Jésus, c’est pas une ampoule qui clignote :
là, pas là, de nouveau là, plus là…
Il y a un vrai départ. Il est parti pour de vrai. Pour
de bon.
Et la promesse « je ne vous laisserai pas
orphelins » ne nous réconforte, nous console qu’à moitié. On a beau
faire, il y a un manque. Une absence. Qui peut être douloureuse
justement, quand on aime.
Mais qui peut être aussi le lieu d’une présence.
La présence dont témoignent ceux qui ont perdu
l’époux ou l’épouse, qu’est-ce que c’est si ce n’est l’amour ?
L’amour qui demeure, l’amour qui ne passe pas…
Est-ce que j’aime le Seigneur au point de ressentir
– de vivre cette absence-présence ?
C’est bien pourtant l’Esprit qui peut me faire
accueillir la présence nouvelle du Seigneur – car l’Esprit, c’est l’amour n’est-ce
pas ?
Et il se sert de ce manque, de ce vide, pour le
remplir. Le remplir à nouveau d’amour.
Le Souffle ne soufflera que dans un creux, dans un
vide, dans une absence…
Le Souffle ne peut surgir que dans l’espace
disponible au désir…
L’Esprit, cette puissance qui nous tombe dessus
comme un vêtement, cet Esprit qui nous baptise - qui nous plonge dans la mort
et la résurrection du Christ - sa Vie - ne peut venir que si Jésus s’en va.
Pour que nous devenions adultes. Pour que nous soyons
d’autres Christs. Pour que nous ayons en nous l’amour du Christ, à donner aux
autres.
« Vous serez alors mes témoins. » Nous sommes témoins de l’œuvre de l’Esprit en nous
et pour nous… rien d’autre !
Nous sommes témoins du passage de l’Amour dans nos
vies.
Voilà pourquoi l’Ascension est si importante. Pas
pour regarder dans les nuages - « pourquoi restez-vous là à regarder le
ciel ? » ; mais pour que nos yeux le cherchent et le voient
dans chacun de ceux que nous croisons.
Jésus part pour que nous puissions regarder le
monde. Il part pour que nous puissions regarder nos frères et les aimer de son
Amour, avec au cœur la blessure de son absence qui est en même temps présence.
C’est tout.
« Si vous m’aimez, laissez-moi partir,
laissez-moi m’échapper »
écrivait Gabriel Ringlet dans un texte qu’on lit parfois aux funérailles.
« Aimez-vous », continuait-il ; « l’absence n’empêche
pas la présence. L’écart n’interdit pas l’alliance. Le silence n’interrompt pas
la parole. L’ombre n’éteint pas la lumière. »
« Aimez-vous les uns les autres. Allégez-vous
les uns les autres. Inventez-vous les uns les autres. Élevez-vous.
Grandissez-vous.
« Aimez-vous, c’est tout neuf ! Et ma
joie viendra vous caresser. Et cette joie, je vous le dis, personne ne pourra
vous l’ôter ! »
Quelqu’un a écrit :
« Le
corps glorieux est à la fois celui qui part et celui qui parle,
celui
qui ne parle qu’en partant….
tu
ne peux rien tenir ni retenir, et voilà ce qu’il te faut aimer et savoir.
Aime
ce qui t’échappe, aime celui qui s’en va.
Aime
qu’il s’en aille. »
« Levant alors les mains,
il les bénit. Tandis qu’il les bénissait, il se sépara d’eux et fut emporté au
ciel. » (Lc 24,50-51)
« Et moi, je suis avec vous
tous les jours, jusqu’à la fin du monde. » (Mt 28, 20)
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