A CAR 04 - "à qui la faute?"
Dans le contexte actuel de guerres et de catastrophes un peu
partout dans le monde, l’évangile de ce dimanche prend peut-être un relief tout
particulier !
« Aveugle de naissance ! Ce n'est pas normal. Chacun a le
droit d'entrer dans la vie avec toutes ses chances. S'il est dans cet
état, c'est que quelqu'un en est responsable. Il y a eu une faute quelque
part ! » Si ce n’est pas la faute à Dieu – quoique on a souvent envie
de lui imputer tout ce qui ne va pas, n’est-ce pas – si ce n’est pas la
faute à Dieu, c’est donc la faute à l’homme. Ou à ses parents. Ou à je ne sais
pas qui, mais il faut qu’il y ait des responsables. Des coupables.
Voilà ce que pensent les disciples. Et nous sommes comme eux.
On cherche toujours des coupables dès qu’il arrive quelque chose et ça ne
traîne pas. Jamais comme aujourd’hui il y a eu autant de procès en justice, de motions
de censure, de recours en conseils de classe ou de travail… Comme si on avait
peur de se remettre soi-même en question… et qu’on soit sur la sellette. C’est
plus commode de désigner des boucs émissaires !
« Je suis tombé par terre, c’est la faute
à Voltaire… » On connaît la chanson.
Même concernant la vie et les problèmes de l’Eglise qui va mal, c’est
toujours la faute « aux autres » : aux progressistes décadents
et trop tolérants d’après les tradis conservateurs ; aux conservateurs
rigides et figés dans le passé d’après les progressistes.
Jésus refuse ce discours réducteur et culpabilisant.
Pour lui, la recherche obnubilée de responsables et de coupables,
qui met tout l’accent sur la faute ou le péché des autres, non seulement est
une façon de se voiler la face et d’éviter de se regarder soi-même, mais aussi
elle empêche de VOIR ce qui est important, c’est-à-dire l’ŒUVRE DE DIEU. Comme
dans l’histoire de l’aveugle-né où Jésus offre le cadeau de la Foi à l’homme, tout
ce qui arrive, même ce qui nous impacte négativement est aussi le lieu où Dieu veut
se manifester.
Encore faut-il ouvrir les yeux ! L’évangile
de ce 4ème dimanche du carême a pour but de nous y aider.
Il y a
plein de personnages dans ce long, très long récit rapporté par Jean.
Jésus, bien sûr, et l’aveugle qui est un peu au centre de
la diatribe, de la controverse. Cet homme, cet aveugle ne représente pas que
lui-même: il est le symbole de toute l'humanité : Notre
humanité qui tâtonne, qui erre dans le noir, et qui trop souvent s'y enferme au
lieu de chercher l’espérance. Notre humanité, bien incapable de s'en sortir par
elle-même. =>Et pourtant, l’aveugle de l’évangile ne demande rien à Jésus,
pas même de le guérir… comme s’il s’était résigné à son propre sort. Comme s’il
ne croyait plus en rien…. Ne sommes-nous pas décidément comme lui ?
Mais il y a aussi d'autres personnages qui, comme l’aveugle, nous
ressemblent parfois étrangement: les disciples, les voisins, les parents, les pharisiens…
Les disciples.
Ils ne sont pas très présents dans le récit, mais ils posent la
bonne question: « Pourquoi ? - Pourquoi cet homme est-il né aveugle ? ».
C'est notre
question: pourquoi. Pourquoi
l'injustice ? Pourquoi la souffrance ?
Pourquoi la faim et la misère dans les pays du Tiers-Monde ou chez nous, les catastrophes que Dieu semble permettre ? Pourquoi les guerres ? Pourquoi la mort d'un enfant ?
Et pourquoi tous ces terribles
événements qui frappent tant de personnes à travers le monde ?
Seraient-elles coupables ? Mais de quoi ? Seraient-elles
punies ? Mais pourquoi ?
Nous ne
pourrions pas être disciples du Christ si nous renoncions à poser cette
question : pourquoi. Ou, peut-être
mieux, pour quoi – en vue de quoi ?
Les voisins.
Eux, ils sont indifférents.
Un peu de curiosité: c'est lui, c'est pas lui? Mais on sent bien que cela
ne les intéresse pas vraiment et qu'ils auront vite fait de retourner vaquer à
leurs occupations habituelles. Boulot, métro, auto, bouchons… dodo. Eux ne
cherchent pas à voir.
Nous sommes ces « voisins » chaque fois que nous renonçons à voir, à comprendre, à chercher. Chaque fois que nous sommes indifférents aux autres, à Dieu, à nous-mêmes.
Alors que les médias et nous-mêmes ne cessons de parler du prix de
l’essence qui s’envole, des craintes pour le portefeuille et des embarras pour les
voyageurs qui prennent l’avion, on ne semble guère s’émouvoir de la situation
de ces femmes et de ces enfants, des hommes qui vivent dans cet enfer de la
guerre au Moyen-Orient ou en Ukraine (on s’est habitué), ou de la pauvreté à
Haïti – notre objectif de carême. Pire, certains font même comme si tout cela
ne nous concernait pas : c’est bien connu, les pauvres sont pauvres parce
qu’ils le veulent bien et ne font rien pour s’en sortir !
Comment donc ne pas être de ces « voisins »
indifférents, mais nous rendre proches de ceux qui souffrent et de leur
entourage ? Comment devenir des « prochains » comme le
Samaritain attentionné de la parabole en St Luc ? OUVRE NOS YEUX, SEIGNEUR !
Les parents.
Ils sont ici l'image de la
peur. Cette peur qui, dans l'Evangile, est à l'opposé même de la foi. Cette
peur qui amène au repli sur soi: "Il
est assez grand, interrogez-le". Peur d’être impliqué, de perdre de son
confort, de ses chères habitudes…
Cette même peur peut nous conduire à des comportements irrationnels comme cela a été la cas lors de la pandémie avec la réaction hystérique de stocker un maximum de denrées alimentaires, ou la tendance qui se développe à ne donner foi qu’aux fausses informations qui fleurissent sur les réseaux sociaux et qui nourrissent le complotisme. Méfiance vis-à-vis des autres, de Dieu, de la vie... Peur qui paralyse et empêche la solidarité, la générosité. Pour ne pas tomber dans le pessimisme, la crainte et la désespérance, OUVRE NOS YEUX, SEIGNEUR !
Les pharisiens.
L'évangéliste résume sous ce terme « ceux qui savent ».
Vous savez : ceux qui n'ont pas besoin d'être éclairés parce qu'ils se
prennent eux-mêmes pour des lumières. Ceux-là, figés dans leurs principes,
figés dans leurs connaissances, et surtout figés dans leur foi, refusent la
lumière. Ils confondent la foi et l'idée qu'ils ont de la foi.
Jésus est très dur avec eux : « Du moment que vous dites 'nous voyons', votre péché
demeure ».
Les dysfonctionnements actuels du monde, le réchauffement climatique, l’instabilité politique et économique, toute cette fragilité qui se révèle fait sauter les certitudes de ceux qui croyaient savoir, qui continuaient à tout miser sur une mondialisation à tout va, sur une croissance sans limite, sur l’ insolence de l’argent qui peut tout s’offrir…
Pour ne pas tomber dans l'autosuffisance orgueilleuse de nos certitudes (même religieuses), OUVRE NOS YEUX, SEIGNEUR !
Mes amis,
cet évangile est pour
nous aujourd’hui. Jésus nous parle en direct.
Disciples,
voisins, parents, pharisiens, l’aveugle…qui sommes-nous, qui serons-nous ?
Ah, j’ai oublié quelqu’un ! : Jésus, le Christ. Celui dont le Prologue de Jean dit: « En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes; la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont pas arrêtée ». Jésus qui « ouvre les yeux » de l'aveugle, qui le fait passer des ténèbres à la lumière… « Celui qui me suit ne marche pas dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie ! »
Savons-nous reconnaître cette lumière ? Et nous en réjouir avec lui ? Lui n’attend ni nos demandes ni nos prières pour nous exaucer. Arrêtons de demander négativement "à qui la faute?" MAIS OUVRONS PLUTÔT NOS YEUX, NOS COEURS A LA LUMIERE !
Frères et
sœurs, face à ceux qui « savent » ou plutôt qui croient savoir, la
Parole de Dieu nous invite à nous reconnaître aveugles. Oui, nous sommes TOUS des aveugles !
Et c’est seulement si nous l’acceptons, …si
nous reconnaissons que nous ne sommes pas la Vérité, nous n’avons pas la Vérité
en nous-mêmes, et que nous sommes comme ces taupes qui creusent leurs galeries
dans le noir, que nous ne sommes pas maître de notre vie, ni du monde que nous
maltraitons tant, c’est seulement frères et sœurs si vous et moi, nous disons à Jésus comme
l’aveugle « qui es-tu, Seigneur pour que je croie en toi? »
, qu’alors, sa lumière pourra entrer en nous et nous transformer, et
transformer le monde peu à peu.
Alors, avec les yeux du cœur, nous verrons l’action de Dieu présent dans le monde, et, nous pourrons à notre tour, dans trois semaines à Pâques, dire en toute vérité: « Je crois, Seigneur! » Amen.
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