Fête des saints Anne et Joachim 26 juillet 2004 à Stoumont
Nous savons bien que tout ce que nous croyons et disons au
sujet de la Vierge peut retentir sur ce que nous croyons au sujet de Jésus son
Fils ; l’exemple le plus évident est peut-être le débat au Concile d’Ephèse, sur
son titre de Mère de Dieu, Theotokos,
qui a abouti à l’approbation de ce titre —faisant de lui le point
culminant de la foi dans la double nature du Christ, divine ET humaine.
Il y a, bien sûr, beaucoup d’autres exemples. Alors que
nous célébrons aujourd’hui la mémoire des grands-parents de Notre Seigneur,
saint Joachim et sainte Anne, nous devrions peut-être réfléchir au fait que pour
Dieu, prendre notre nature humaine ne signifie pas seulement trouver un ventre
dans lequel être conçu. Trouver une mère, c’est trouver une mère de
laquelle il ne prendrait pas seulement une chair au sens premier, mais aussi
l’appartenance à la race humaine, avec toutes les particularités de temps et de
lieu, de liens familiaux et d’identité que cela implique.
Dieu n’avait pas simplement besoin d’une mère porteuse, un ventre de location ! Il lui fallait bien plus : une personnalité, qui pouvait transmettre à son Fils ce qui fait vraiment de nous des êtres uniques, un humain avec une histoire familiale, une lignée, une tradition culturelle et de foi, de conviction…
Pour que la communication de Dieu soit
efficace, il fallait d’abord qu’il prépare un langage dans
lequel sa Parole incarnée puisse s’exprimer : c’est vraiment le sens de
l’Incarnation ! Cela va beaucoup plus loin que simplement
apprendre une langue. Chaque être humain porte en lui un génome, fait de tout
ce que ses ancêtres ont vécu et lui ont légué.
Anne et Joachim, selon la tradition : les grands-parents du Christ, ont transmis à leur fille Marie un ensemble de valeurs et de convictions partagées avec le peuple d’Israël, mais qu’ils ont eux-mêmes vécu de façon particulière en les faisant inspirer leurs propres choix de vie. Nous ne connaissons pratiquement rien de leur vie réelle, seulement quelques légendes apocryphes ; mais nous pouvons déduire à partir de ce nous savons de la Vierge Marie, que leur rôle a été important en tant que « homme et femme de miséricorde », justes dans leurs œuvres et sages ancêtres comme les présente le texte de Ben Sirac.
Jésus a donc hérité, après sa mère, de ces particularités
qu’il a reçues comme des exemples de vie et qu’il a dû assumer en les
nourrissant parallèlement de tout ce que formait en lui sa relation unique avec
Dieu son Père. Ainsi, Jésus s’est vraiment construit à partir de cette double
identité.
Sainte Anne est souvent représentée apprenant à lire à sa fille Marie dans le livre de la Bible. Cette iconographie renforce encore le rôle de transmission qui est celui des grands-parents, peut-être plus important aujourd’hui que jamais dans notre société multiculturellement éclatée et la réalité de nos familles très souvent recomposées. Je citerai à cet effet le pape Benoît XVI :
"La mémoire des Saints Joachim et Anne, parents de la Vierge et donc grands-parents de Jésus, que l'on célèbre aujourd'hui, m'offre un deuxième point de réflexion.
Cette célébration fait penser au thème de l'éducation, qui a une place importante dans la pastorale de l’Église.
Elle nous invite en particulier à prier pour les grands-parents, qui, dans la famille, sont les dépositaires et souvent les témoins des valeurs fondamentales de la vie.
La tâche éducative des grands-parents est toujours très importante, et elle le devient encore davantage quand, pour diverses raisons, les parents ne sont pas en mesure d'assurer une présence adéquate auprès de leurs enfants, à l'âge de la croissance. »
Le culte ou la mémoire des saints Anne et Joachim, en plus
de cette croyance populaire dans le pouvoir de la sainte de favoriser la
fécondité des jeunes femmes qui désirent devenir mères, cette mémoire des
grands-parents du Christ peut nous aider à comprendre que le message que Dieu
nous adresse par l’Incarnation, et qui est un message pour toute l’humanité, ce
message a besoin de passer par le “langage” de la vie et de l’histoire des
personnes concrètes qui nous ont transmis le flambeau de la vie et de la Foi.
En avançant dans ma vie, je me rends de plus en plus
compte de ce que mes parents et grands-parents, mes aïeux m’ont laissé et qui
est un trésor d’expérience et de sagesse dans lequel je n’aurai jamais fini de
puiser, même s’ils m’ont aussi transmis des défauts bien sûr qui font aussi
partie de mon humanité.
Dans la généalogie de Jésus comme les Evangiles la relatent, on trouve d’ailleurs aussi bien des saints que des grands pécheurs et pécheresses, mais c’est pour mieux montrer que c’est la présence de Dieu dans notre histoire familiale qui sauve l’humain laissé à lui-même : voilà me semble-t-il la mission particulière des grands-parents et des éducateurs, faire connaître à la génération suivante non pas leurs propres vertus, mais surtout comment le Dieu sauveur de Jésus Christ a été présent dans leur vie et a contribué à la faire s’accomplir malgré toutes les fragilités et fractures de l’existence – pour devenir une humanité réussie ! Cela vaut bien mieux que l’hagiographie, ces exemples inimitables de sainteté que nous présentaient jadis les livres religieux pleins de moralisme.
Remercions Anne et Joachim de
ce qu’ils furent, qu’ils ont accepté d’être pour devenir un trait d’union de la
présence de Dieu pour aboutir à sa pleine venue au monde par Marie ; prions-les
également pour que chacun de nous, parents, grands-parents, ou éducateurs,
nous puissions également devenir ces traits d’union, à travers toutes nos
fragilités humaines, afin que se réalise la parole qui dit « heureux
vos yeux pour ce qu’ils voient, vos oreilles pour ce qu’elles
entendent ! »
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