A CAR 01 - Le carême (fromage), le corbeau et le renard
Vous est-il déjà arrivé, comme à moi, de
"louper" un carême ? De vous retrouver à Pâques au même point de
départ que le mercredi des cendres, c'est-à-dire plein de bonnes intentions,
mais sans grand changement dans votre vie ?
Je crois avoir trouvé la raison.
Une fable de La Fontaine la décrit parfaitement ; je l'ai juste un petit peu
adaptée pour qu'elle colle à l'évangile de ce dimanche, celui des Tentations de
Jésus au désert :
Or donc, le mercredi des cendres, tel un certain corbeau, nous perchons sur notre arbre du carême, tenant en notre bec le beau fromage de nos résolutions bien fraîches. Et le diable (le renard) par l'odeur alléché, nous tient à peu près ce langage:
-
« Mais, bonjour! Que tu es bien, quel beau chrétien tu fais! Comme Dieu
doit être content de toi : pratiquant du dimanche, fidèle en amour, soigneux au
travail, honnête en affaires, soucieux du prochain. Sans mentir, sans mentir,
Si tous les chrétiens étaient comme toi, l'Eglise irait franchement mieux
qu'elle ne va actuellement. Mais... que vois-je là que tu tiens en bouche : une
liste de résolutions de carême? Prière, jeûne, aumône... Quoi ! Tu ne crois
quand même pas que ces résolutions soient faites pour toi? Un bon chrétien
comme toi! »
- « Prier plus? Comme si tu ne priais déjà pas
assez... Ce n 'est pas à un type comme toi que l'Eglise adresse cette
exhortation. Elle vise ceux qui ne prient jamais. Laisse tomber (ton fromage)! »
- « Jeûner? Comme Si tu allais au restaurant tous
les jours ou comme si tu ne vivais que pour manger... Et puis, fais attention à
ton boulot : n'arrive pas avec des jambes de coton et des maux de tête. Cette
exhortation ne vise que les bons vivants, les rentiers. Laisse tomber (ton fromage)! »
- « Faire l'aumône? Tout d'abord, c'est du
paternalisme. Et même s'ils ont inventé le mot "partage", c'est
encore pour créer des "assistés". Quoi? Avec ce que tu gagnes par
mois, ce serait encore toi qui devrais partager, alors que ceux qui ont les
moyens restent assis sur leurs bons de caisse! Sois bon, mais pas bonasse. Laisse tomber (ton fromage) ! »
...... Ce langage, le diable ne nous le tient pas le soir du mercredi des cendres : nous trouverions la feinte un peu grosse, et nous aurions la puce à l'oreille. Il ne nous tient pas ce langage, même pas les dix premiers jours du Carême : nous sommes encore tellement contents de nos performances!
C'est vers le onzième jour que le renard approche de
l'arbre, au moment où nous sommes mûrs comme un camembert qui s'abandonne, au
moment où nos résolutions de prière, de jeûne et d'aumône commencent à nous
peser. C'est la faille que le diable attendait patiemment pour s'y insinuer: "laisse tomber!"
On connaît la suite : le corbeau, à ces mots, ne se sent plus de joie. Il
ouvre un large bec, laissant tomber sa proie.
Et voilà ! C'est cuit pour
cette année ! Les textes de la liturgie, les
homélies de mon curé ou des diacres, les campagnes de solidarité : tout cela
tombe à l'eau... On n'est assurément pas fier de soi. Et, tel le corbeau de la
fable, on jure, mais un peu tard, qu'on ne nous y prendra plus.
Pour le corbeau, sa résolution vint effectivement trop
tard, car il perdit le seul fromage qu'il possédait. Heureusement, nous sommes plus chanceux que le corbeau, car nous
avons des fromages de réserve : en effet, l'Eglise, chaque année, nous offre
un nouveau carême, une nouvelle chance. A nous de ne pas la laisser tomber
dans la gueule du renard. Disons : dans la gueule du diable !
On remarque dans l'évangile que Jésus ne donne pas prise aux suggestions du démon, il ne discute pas avec lui, ne négocie pas… dès qu'on négocie, comme dans la Fable, on est déjà perdant ! Mais Jésus répond en citant la Parole de Dieu, soulignant ainsi chaque fois le lien qui l'unit à son Père en tant que Fils bien-aimé venu faire la volonté de Celui qui l'a envoyé. Ce lien a été manifesté de façon évidente le jour de son Baptême "Celui-ci est mon Fils en qui j'ai mis tout mon amour". Contre cela, le Mal est impuissant !
(N.B. je parle du Mal
plutôt que du démon, qui est une "personnalisation" d'une réalité
négative ; mais chacun peut le voir comme il le veut. Disons que c'est notre
zone d'ombre.)
Donc, le travail du carême, le but essentiel
=> Comment allons-nous donc essayer d'éviter cette année l'amnésie, et démasquer les astuces du renard qui tourne déjà autour de nous ?...
Chacun son truc, mais je vous invite si je puis me permettre à tenir un petit carnet dans lequel vous inscrirez en première page : "Jésus je t'aime", ou "Merci Dieu qui me libères" ;
- Et sur la deuxième page, les renards qui vous collent le plus aux basques : l'orgueil, la colère, la rancune, la jalousie, la paresse spirituelle, le manque d'empathie, le "moi je", etc, je ne vais pas vous faire toute la liste, vous les connaissez comme moi.
- Chaque soir ou chaque semaine, vous faites un petit bilan : Est-ce que j'ai gardé mon fromage? L'ai-je lâché trop vite? Comment me suis-je fait rouler? - et les victoires avec l'aide du Seigneur.
- Le dimanche, au cours de la messe, vous présenterez mentalement votre carnet au Seigneur - sans vous vanter mais en demandant son aide, et avec la Communauté qui célèbre l'Eucharistie, vous poserez des gestes qui vous engagent (comme par exemple la collecte du Carême de Partage) et qui vous préparent à proclamer notre foi baptismale au cours de la Veillée pascale.
=> Ainsi, la Source baptismale pourra à nouveau couler librement et faire chanter nos cœurs tournés vers la Lumière de Vie, la Résurrection, et nous pourrons participer pleinement à la joie des nouveaux baptisés de Pâques.
C'est ce que je nous souhaite à chacune et chacun, mes amis : un vrai "ressourcement"
! Tenons donc fermement notre fromage dans notre bec
jusqu'au jour de Pâques, où nous pourrons rire au nez et à la barbe du renard. Bon
Carême !
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