A DIM 05 - Les lucioles de la foi

 


“Vous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde.”

Il y va fort, Jésus. Vous ne trouvez pas ? La lumière du monde, rien que cela.  …Il y en a assez, des gens qui se prennent pour des lumières, non ? Le type qui veut qu’on le regarde : Y a plus que ça, aujourd’hui ! Se faire voir, se faire admirer, sur les podiums, les réseaux, la télé… Et puis, c’est un peu énervant, non ?

Alors, est-ce que nous, les chrétiens, on doit faire la roue comme le paon, nous aussi ? Faire des méga-concerts de rock chrétien comme les évangélistes ou refaire des cathédrales, des monuments à la gloire de Dieu mais aussi de leurs constructeurs ? Occuper le terrain médiatique, les postes-clés de la politique, l’enseignement, les hôpitaux, le social et l’économique, comme à une certaine époque révolue ?

Je ne jette pas la pierre, il s’est fait aussi beaucoup de bien à cette époque où l’Eglise avait pignon sur rue : la lumière n’était pas sous le boisseau, certes, mais elle éblouissait peut-être un peu trop comme un spot halogène qu’on vous flanque dans les yeux.

Aujourd’hui, c’est l’inverse : la lumière, on la cache plutôt. « Tu es chrétien, toi ? Tu crois encore à toutes ces conneries ? Tu fais partie de cette bande de pédophiles ? » Alors, on la rentre, profil bas. Le halogène est devenu loupiote, et d’ailleurs la société post-moderne repousse de plus en plus le religieux dans la sphère privée ; on est très vite taxé de prosélytisme si on ose manifester sa foi, en parler avec d’autres… surtout si on est catholique. Parents, ne parlez jamais de Dieu à vos enfants, vous risqueriez de les influencer ! Ils choisiront eux-mêmes si un jour ils décident de croire en un « quelque –chose »… quelque chose dont ils n’auront jamais entendu parler. On crève d’humilité aujourd’hui. Surtout, ne pas déranger ! Se faire discret, ne pas se faire remarquer, si on est chrétien. On risquerait de se faire prendre à nouveau dans la figure les croisades, l’inquisition, les pédophiles…

Pour nous, l’avertissement de Jésus concernant le sel qui perd sa saveur tombe à pic : Nous risquons bel et bien d’être foulés aux pieds comme le sel qu’on jette parce qu’il n’est plus bon à rien. Il n’a plus aucun goût. Alors, comment est-ce qu’on redonne du goût au sel ? Comment est-ce qu’on fait renaître la flamme qui s’éteint tout doucement, si doucement que lorsqu’elle est morte, on ne s’en aperçoit même pas ?

Je ne sais pas. Je sais seulement que la lumière, elle est contagieuse, si on s’en approche un peu trop près, regardez, ça va prendre feu… Une petite flamme qu’on ajoute à d’autres, ça fait comme un chandelier, ou un feu de camp, c’est beau, c’est vivant et ça attire. Ce n’est pas seul qu’on est chrétien, qu’on est croyant. Encore moins pour être témoin. La lumière, plus on la partage, plus elle grandit. Erreur que de rester tout seul.

Je suis certain que le monde a froid, et qu’il cherche de la lumière aujourd’hui, peut-être encore plus que hier, même s’il a tendance à se tromper et à confondre la véritable Lumière de la vie avec les néons des commerces, les spots des shows médiatiques, les rétro-éclairages des écrans et les feux d’artifice -qui portent bien leur nom…   Le monde est vraiment en recherche de lumière. Il en a viscéralement, fondamentalement besoin.

Mais qu’avons-nous à lui proposer ?


Un jour à une célébration d’enfants, on avait allumé une veilleuse : “La lumière, est-ce que c’est fait pour qu’on la regarde, ai-je demandé ?” Ils répondent : “Oui.” Et c’est vrai qu’une petite veilleuse, c’est joli à regarder. Mais j’avais préparé un spot halogène. Alors ils ont compris que la lumière n’est pas faite pour être regardée, mais pour éclairer quelque chose d’autre qu’elle.

Le gars qui se prend pour une lumière, il a tout faux.  Oui s’il sait que sa mission est d’éclairer autour de lui, d’attirer l’attention sur l’autre et non sur lui-même. Dire du bien de l’autre ? Vous avez essayé ? Même quand tout le monde en dit du mal ? J’ai toujours été frappé par la dernière phrase du texte d’aujourd’hui : “En voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire (pas à vous) à votre Père qui est aux cieux.”

Je trouvais cette phrase même un peu énervante : Comme si ça marchait à tous les coups ! : « En voyant ce que vous faites de bien, les hommes rendront gloire à votre Père qui est aux cieux. » Nous savons bien que malgré nos efforts, tout le monde autour de nous ne se convertit pas, même dans nos familles. Alors pourquoi cela ne marche pas ? Notre lumière de disciples est-elle trop faible ? Trop forte ? Est-elle détournée ? Et alors, comment témoigner efficacement ?




Il me semble que la réponse est dans la nature de la lumière ou du sel. Comme la lumière, le sel n’existe pas pour lui-même. Ni l’un ni l’autre ne sont une fin en soi. Le sel n’est pas fait pour être mangé à la cuiller !  S’il vous est arrivé, au cours d’un repas, de confondre le sel avec le sucre en poudre, vous avez dû faire une horrible grimace. En effet, le sel tout seul, c’est immangeable. Le sel, ça n’est précieux que pour accompagner d’autres aliments. C’est ce qui donne de la saveur à tout le reste. Et la lumière, c’est pareil : on ne l’allume que pour éclairer autre chose qu’elle-même.


L’Église non plus n’est pas là pour elle-même. Dire que nous sommes la lumière du monde, ce n’est pas nous prendre pour une secte d’illuminés dans un monde de ténèbres! Nous ne portons la lumière de la foi que pour éclairer ce monde. Et si Dieu juge utile, par nous, d’éclairer le monde, c’est qu’il y a, dans ce monde qui est le nôtre, des choses à voir, des choses dignes d’être vues, des beautés ou richesses à découvrir… Tans pis pour les chrétiens amers et désabusés, tant pis pour tous les gens blasés : il y a, dans le monde, dans la vie de tout homme ou de toute femme des choses dignes d’être vues, des choses belles qui font honneur au Créateur, qu’il nous appartient de mettre en lumière.  





J’aime bien la définition de la foi selon un des mes amis théologien : La foi, une raison de plus d’être en joie. Être chrétien n’est pas nécessaire, ça n’apporte rien de plus, mais ça donne une raison de plus de se réjouir d’être. L’Église pourrait être comme un sourire qui aide des jeunes à se réjouir d’être, à s’apprécier d’être humain et de pouvoir encore le devenir.” 


Voilà l’acte de foi auquel nous entraîne l’évangile de ce jour : Croire que nous sommes, chacun et ensemble, lumière dans et pour le monde, sel pour rehausser le goût à la vie de tout homme, si nous voulons bien reconnaître nos propres richesses, et les partager. Que nous soyons jeunes ou âgés, malade ou en bonne santé, handicapé ou valide, savant ou sans diplôme, riche ou pauvre, TOUS, nous portons sel et lumière en nous.

 

Entrons joyeusement dans notre eucharistie en remerciant le Seigneur pour la confiance qu’il nous fait. Et si nous trouvons que notre lumière vacille beaucoup, gardons dans la tête et dans le coeur la parole reçue et souvent vérifiée parce que tellement juste :


« Si tu dénoues les liens de servitude, 

si tu libères ton frère enchaîné,

si tu donnes de bon cœur à celui qui a faim 

et si tu ne te dérobes pas à ton semblable

tes forces reviendront rapidement 

et ton obscurité sera lumière de midi ! » 

(Isaïe 58, 7-10)





Et puis, si tu ne peux pas être lumière, sois luciole : Après tout, il suffit à ces petits insectes d’un minuscule courant électrique pour nous émerveiller les nuits d’été et attirer une nuée de papillons !





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