C DIM 29 - En quête de justice




Dans la parabole d’aujourd’hui, Jésus illustre la persévérance dans la prière au travers de la figure d’une veuve démunie et fragile qui s’obstine à poursuivre de ses demandes un juge totalement dépourvu de justice et, souligne-t-il, qui ne craint pas Dieu. À force de lui casser les pieds, elle obtient réparation.

Et le Seigneur ordonne « Ecoutez bien ce que dit ce juge qui n’est détenteur d’aucune justice ». Que dit il ? Que cette veuve l’assomme (casse la tête) et donc il rend justice, lui qui n’a pas de justice.

Et de suite sans transition Jésus établit une comparaison entre le juge vis-à-vis de la veuve d’une part, et Dieu qu’il place comme juge vis-à-vis de ces élus qui demandent justice jour et nuit d’autre part.

La phrase-clé est : « Et Dieu, lui, ne ferait pas justice à ses élus, les ferait-il attendre ? » En prenant à témoin ses auditeurs, Jésus les implique dans le procès qui est en fait celui de Dieu : Dieu est-il juste, oui ou non ? Il nous renvoie à nous-même, à notre confiance en Dieu et en la force de notre prière. Avons-nous la foi, assez de foi ?

D’où la conclusion : « Oui, je vous le déclare, dit Jésus, bien vite Dieu leur fera justice ; mais le Fils (le Christ ressuscité) quand il viendra trouvera-t-il la foi sur la terre ? »

Grosse question !

 



Donc surtout ne nous méprenons pas : Il serait totalement faux de penser que Dieu est comme ce juge sourd et égoïste de la parabole et qui n’agit qu’en fonction de ses intérêts ou de la pression qu’on exerce sur lui.

Certains, même parmi les chrétiens, peuvent pourtant avoir cette image de Dieu quand, comme dit Jésus dans un autre passage, ils font « comme les païens qui s’imaginent qu’à force de vaines paroles (de sacrifices, de rites magiques) ils seront exaucés » (Mt 6,7). Ceux-là voient bien Dieu comme un potentat, un juge sans loi – et surtout sans amour.

Or, dans cette parabole, en fait, Jésus désigne Dieu comme la source de toute justice. Il n’y a de justice que de lui et par lui ; celle des hommes – nous le savons que trop bien – est toujours imparfaite et liée à bien des aléas et facteurs humains.

Donc, a fortiori, si un juge sans justice comme celui de la parabole se laisse convaincre par lassitude de rendre à une veuve tenace un jugement correct, comment Dieu, qui est la source de la justice et de la vérité, pourrait-il rester sourd aux cris de ceux qu’il aime de tout son amour au point de leur donner son Fils ?



Je pense qu’on peut être d’accord là-dessus ; reste une difficulté – qui n’est pas mineure. Si, de fait, on peut avoir l’impression que Dieu est plutôt dur d’oreille (pourquoi ne punit-il pas les méchants, pourquoi n’arrête-t-il pas la guerre, pourquoi laisse-t-il les pauvres souffrir et les riches s’enrichir encore en détruisant la planète, etc etc ?) – si nous avons de Dieu cette impression d’inertie ou d’indifférence, impression qui en fait attaque directement la foi et entraîne chez beaucoup de nos contemporains athéisme ou agnosticisme, est-ce que la cause de cette impression n’est pas justement liée à notre propre conception de la justice que nous voulons sans cesse projeter sur Dieu ? « mes pensées ne sont pas vos pensées et vos chemins ne sont pas mes chemins » est-il dit chez Isaïe 55,8. « Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes chemins sont élevés au-dessus de vos chemins, et mes pensées, au-dessus de vos pensées. » Jésus à Pierre : « Arrière Satan, tes pensées ne sont pas celles de Dieu mais celles des hommes. »  (Mt 16,23).

 


En conclusion, la prière persévérante ne peut pas servir à essayer de convertir Dieu à notre idée de la justice (on arriverait vite à des contradictions insolubles, tant chacun se fait une idée personnelle de ce qui est juste, surtout pour lui-même !) ; en fait, elle ne peut servir qu’à apprendre de Dieu lui-même ce qui est juste, en nous faisant adopter un comportement juste, ajusté à l’être même de Dieu.

En priant nous nous ajustons toujours plus à la justice de Dieu et nous progressons avec confiance sur le chemin de la foi. La prière ne nous enferme pas en nous-mêmes, mais elle nous fait aussi entrer en relation avec nos frères et en phase avec leurs besoins, afin que nous cherchions à mettre en œuvre la justice de Dieu : par exemple, nous prions souvent pour la paix, pour les personnes en difficulté etc mais que faisons-nous concrètement pour la paix, contre l’exclusion, la pauvreté… et pour la fraternité ?

Car la prière n’est pas un analgésique qui nous permettrait de nous dédouaner ou de nous extraire des responsabilités de notre condition humaine ; au contraire elle nous permet d’affronter les contraintes de notre condition humaine et les aléas de notre société et du monde qui est le nôtre. Ainsi nous est présenté en exemple le texte de l’Exode ( 1ère lecture) où Moïse en prière, les mains levées vers le ciel et aidé par Aaron et Hour, sa prière soutenant l’Action de Josué (oublions l’aspect guerrier pour nous recentrer sur le sens spirituel : dans nos combats, nos luttes contre le mal, la prière et l’action se renforcent mutuellement).



Nous n’avons pas le choix entre la contemplation ou l’action. Les deux sont nécessaires.

Ora et labora (prie et travaille) est la devise de nombreux monastères ou couvents. Et Saint Ignace demande aux membres de la compagnie de Jésus (Jésuites) d’être des contemplatifs dans l’action. La prière peut soutenir nos combats pour l’homme ; elle ouvre au pardon et à la miséricorde – à la paix.

Si enfin un début de paix est-il aujourd’hui devenu possible pour Gaza, ce n’est peut-être pas seulement à cause de la pression politique d’un président américain sans foi ni loi (comme le juge de la parabole), juste préoccupé de décrocher le hochet du prix Nobel de la Paix, mais aussi et surtout, je le crois, grâce à la prière persévérante de centaines de millions de personnes en Israël en Palestine et dans le monde qui aspirent à la paix, une paix juste pour tous selon la volonté de Dieu. Il n’était plus tenable pour les extrémistes de poursuivre cette guerre atroce et injuste qui a fait tant de victimes. Dieu n’a pas imposé la paix, il ne fait rien par la force, mais il a donné la volonté et l’énergie spirituelle pour que des hommes qui s’opposaient acceptent de se rencontrer. …Il s’est peut-être même servi de l’ego complètement démesuré du président Trump pour faire advenir Sa justice et rendre possible la paix. Le reste dépend des humains…

 



Frères et sœurs, en ce mois extraordinaire de la mission voulu par le Pape François et particulièrement en ce dimanche, les Parole de Paul à Thimothée nous rejoignent fortement dans l’invitation à inscrire notre prière dans une attitude missionnaire. Et Jésus demande la persévérance, ce n’est pas toujours facile. Une question reste !

Comment dans nos vies trépidantes, au milieu des sollicitations de la vie qui nous assaillent, devant tous les besoins qui nous talonnent, comment pouvons-nous trouver le temps de la prière ?

Comptons sur la prière de l’Église qui est continue.

Comptons les uns et les autres.

Que ceux qui ont plus de temps prient plus longtemps... Ne boudons pas les propositions locales.

Et si notre vie entière, nos actions quotidiennes, nos relations entre nous, nos engagements nos choix étaient cri vers Dieu, action de grâce, demande confiante pour que Son règne arrive en nous, par nous ? Et surtout, pour qu’il nous convertisse à Sa justice. Amen.




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