A PENTECÔTE - Ouvrons nos fenêtres !
« Il souffla sur eux et leur dit : Recevez l’Esprit
Saint. »
Souffle…
Tant de choses à dire sur le souffle, la respiration. Mais regardons d’abord ce que c’est pour vous le souffle :
Vous ne savez pas ? Alors, arrêtez maintenant de respirer. Bloquez
votre respiration, là, maintenant. Ok ?
Bon, maintenant, chassez l’air de vos poumons et aspirez à nouveau !
Ouf, c’est bon ! Voilà, vous savez. Le souffle, c’est quand on n’en a plus
que l’on prend conscience de ce principe vital, ce fonctionnement vital lié à l’air.
Allez, respirez encore un coup ! Relâchez l’air ! Et encore…
calmement, doucement,… en pensant à cet air qui entre, gonfle les poumons, puis
ressort…
Le
souffle est votre ancre. En revenant à votre respiration, vous revenez à la
vie, ici et maintenant. L’exercice que nous venons de faire : prendre conscience
de sa respiration, est une méditation qui vous aide à calmer le mental, à
libérer les tensions et à retrouver un espace de paix. Elle est très pratiquée
dans le cadre de ce qu’on appelle aujourd’hui « la pleine conscience »
ou les techniques Zen.
...Alors, quand Jésus souffle sur ses disciples après la résurrection, ça devrait nous parler !
Bien sûr, on a appris que c’était le Saint-Esprit, d’ailleurs, c’est
Jésus lui-même qui le dit n’est-ce pas : « recevez l’Esprit Saint ».
Mais avons-nous conscience que recevoir l'Esprit, c’est aussi vital pour
nous que le fait de respirer ? En tout cas, si on veut vivre de
Dieu, de sa vie. Autant que le fait de manger Jésus pain de vie si on veut
demeurer en lui et qu’il demeure en nous.
La Pentecôte, la venue de l’Esprit Saint « comme un grand coup de vent » sur ceux qui allaient former la toute première Eglise et qui depuis ne cesse pas de descendre ou de tomber sur ceux qui deviennent aujourd’hui les pierres vivantes de cette Eglise, ce n’est pas comme on l’explique souvent un coup de « potion magique » à la façon d’Astérix pour transformer les peureux qu’ils étaient en super-apôtres, super-évangélisateurs. C’est bien plus que cela : C’est une renaissance.
Comme quand le bébé qui vient de sortir du ventre de sa maman aspire
pour la première fois l’air de l’extérieur - cet air qui va déployer ses petits
poumons et qu’il va expectorer dans son premier cri...
À la Pentecôte, j’ai un peu l’impression que Dieu
fait de la réanimation cardio-pulmonaire avec l’humanité, cette humanité
qu’il avait crée avec amour pour qu’elle soit multiple dans la diversité et dans
l’harmonie, la complémentarité… mais qui en se coupant de sa Source, en se
séparant de Dieu, s’est privée de son Souffle de vie – s’est finalement ‘essoufflée’
tout en se divisant, en s’opposant à elle-même comme lors de la « tour de
Babel ».
...
Et si… et si le but de Jésus, si sa mission, après tout, ce ne serait que
principalement cela : Préparer le futur peuple de Dieu, et par-delà,
toute l’humanité, à recevoir ce nouveau Souffle pour renaître à la vie,
respirer Dieu et vivre de lui ? Et pour cela, il fallait que lui,
Jésus, le Fils, il donne sa vie – qu’il perde son souffle… avant que son Père
ne le lui rende. Je médite tout cela dans mon cœur et dans ma tête…
Bon. L’Eglise donc, à la suite des apôtres, a reçu la tâche de ré-animer le monde en lui transmettant ce Souffle, cette Respiration de vie que nous appelons l’Esprit Saint.
Il faut dire que le monde aujourd’hui, il semble en avoir grand besoin.
Il est au bord de l’asphyxie, l’asphyxie spirituelle – noyé qu’il est dans le
matérialisme et l’hédonisme. Comme à Babel, au lieu de se laisser inspirer par
le Souffle d’amour qui rapproche et unit les hommes dans leurs différences, le
monde se déchire en rivalités, en guerres de pouvoir et conquêtes de richesses
qui détruisent la planète et font se dresser les uns contre les autres tous
ceux qui n’arrivent plus à réaliser qu’ils sont des frères et des sœurs.
Non seulement ce monde devient irrespirable, pollué de
diverses manières – les fausses informations, les fausses valeurs, et bien sûr
les rejets toxiques de la folle consommation ; mais même dans l’Eglise quelquefois,
dans nos communautés, l’air pur du Souffle divin nous paraît manquer, remplacé
par les miasmes des scandales et des abus, l’essoufflement d’une institution
trop tournée vers elle-même au lieu d’être orientée vers les périphéries et d’inspirer-expirer
à pleins poumons l’air évangélique que le pape François avait voulu libérer… ça
sent chez nous un peu trop l’encens et le renfermé de nos sacristies –
certainement peu attirant pour les plus jeunes !
N’avez-vous pas, frères et sœurs, vous aussi, ce sentiment que parfois on manque d’air – de Souffle dans notre Eglise ?
Pas totalement, c’est vrai : il faut reconnaître que beaucoup de croyants, chrétiens de tous âges, se donnent magnifiquement pour faire vivre les communautés, les groupes et partager les raisons de croire ainsi que l’espérance à ceux qui cherchent au dehors dans la nuit… qui accueillent les immigrés, viennent en aide aux pauvres et soutiennent ceux qui sont malades ou handicapés…
Oui, ils sont nombreux, Dieu merci – jamais assez nombreux cependant - ; mais
l’Eglise elle-même, en tant qu’Eglise du Christ, ose-t-elle assez s’engager sur
des chemins nouveaux, s’ouvrir pleinement au vent tempétueux de l’Esprit qui
bouscule les traditions figées, les habitudes et les peurs stérilisantes pour
susciter de nouveaux élans, ranimer l’espérance et l’audace de la foi ? Les
jeunes pousses sont bien timides. Mais il y en a ! N’éteignons pas l’Esprit !
À l’heure où notre diocèse de Liège va prendre un nouveau tournant suite à la renonciation de Mgr Delville atteint par la limite d’âge et qui va transmettre sa charge épiscopale à un autre (dans plusieurs mois, lorsque le pape l’aura désigné au terme des consultations), il est important de prier, bien sûr, pour que le Saint Esprit inspire ceux qui auront la responsabilité de choisir le successeur de l’évêque - et pour celui qui va l’être - .
Mais il me semble tout aussi important – essentiel! – d’ouvrir chacun les portes et les fenêtres de nos milieux de vie, de nos communautés d’Eglise, et surtout de nos cœurs, pour que l’Esprit de Pentecôte qui avait soufflé sur les apôtres nous réveille, nous ranime, nous fasse sortir de notre sommeil et de nos ornières spirituelles pour être si j’ose dire des « passeurs de vie » ou des « moulins à vent – ventilateurs » qui moulent le bon grain de l’évangile et le disséminent, chacun et tous ensemble, laïcs, prêtres, religieux, femmes, hommes, jeunes et vieux.
Voilà. Vous êtes d’accord ? Alors, il est
temps : respirons tous à pleins poumons !
« Dieu
qui es fidèle et juste, réponds à ton Église en prière, comme tu as répondu à
Jésus, ton serviteur. Quand le souffle en elle s'épuise, fais-la vivre
du souffle de ton Esprit : qu'elle médite sur l'œuvre de tes mains, pour avancer,
libre et confiante, vers le matin de sa Pâque. Par Jésus. » (Liturgie des
heures)
La prière universelle de la messe de Pentecôte
:
Viens Esprit Saint,
éclaire ton Église, qu’elle
rayonne des merveilles de Dieu.
Viens Esprit Saint,
viens embraser le cœur des
nouveaux confirmés
Viens Esprit Saint,
suscite en abondance des
artisans de réconciliation et de paix.
Viens Esprit Saint,
donne ta force à ceux qui
sont dans l’épreuve
Viens Esprit Saint,
réchauffe le cœur de tes
fidèles rassemblés.
Méditation : À cette solennité de Pentecôte, Dieu se donne en plénitude : le don de l’Esprit n’est pas un simple accompagnement, mais une inhabitation. Jésus avait promis : « Je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur, qui sera pour toujours avec vous : l’Esprit de vérité » (Jn 14,16). Cet Esprit n’est pas une force impersonnelle, mais la troisième Personne de la Trinité, source de communion, d’unité et de vie. Il est l’Amour qui procède du Père et du Fils, le lien vivant entre Dieu et l’humanité.
Dans le souffle de Pentecôte, l’Église naît comme sacrement du salut et
signe visible de l’unité dans la diversité. « Chacun les entendait parler dans
sa propre langue » (cf. Ac 2,6) : l’Esprit ne supprime pas les différences, il
les transfigure et les harmonise. Il fait de nous, membres dispersés, un seul
Corps en Christ. Saint Paul enseigne que « l’Esprit lui-même intercède pour
nous… et atteste que nous sommes enfants de Dieu » (cf. Rm 8,16). Il nous
libère de la peur, nous fait vivre selon Dieu, et nous rend capables de crier :
« Abba, Père ! » Par lui, la filiation divine devient participation réelle à la
vie trinitaire. Le psaume le proclame avec majesté : « Tu envoies ton souffle,
ils sont créés ; tu renouvelles la face de la terre » (Ps 103,30). L’Esprit ne
renouvelle pas seulement l’individu, mais toute la création. Il est le principe
même de la recréation du monde, comme au premier matin de la Genèse, où le
souffle de Dieu planait sur les eaux du chaos (cf. Gn 1,2). Aujourd’hui encore,
là où l’Esprit passe, tout renaît. Là où il est accueilli, les cœurs s’ouvrent,
les langues se délient, les blessures se referment, et la terre commence à
respirer l’air du Royaume.
Prière : Viens, Esprit Saint, souffle de feu
et de paix, embrase nos cœurs tièdes et renouvelle la face de la terre.
Rassemble ce qui est dispersé, éclaire ce qui est obscur, guéris ce qui est
blessé. Que l’Église, animée de ton souffle, soit signe d’espérance et ferment
de fraternité pour notre monde. Amen.
Bonne solennité de la Pentecôte à tous et à chacun !
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